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Le mayennais Jean Arthuis, député européen s’élève contre le Traité de libre échange entre l’Union et le Canada qui vient d’être ratifié à une large majorité le 15 Février 2017. Malgré tout le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) ne pourra entrer que provisoirement en vigueur en Avril, car les parlements nationaux devront s’exprimer sur le traité, ce qui ne devrait pas aller sans difficulté. Jean Arthuis a voté contre le CETA en pensant aux 500 millions de consommateurs du grand marché européen, et aussi sans doute - pour celui qui a la Mayenne au cœur - aux éleveurs du département qu’il a dirigé des années durant avant de s’envoler vers des destinées européennes. « Le libre-échange ne doit pas être une religion » déclare à leglob-journal Jean Arthuis qui se dit aussi « irrité qu’on s’en serve à des fins dogmatiques ».

- Par Jean Arthuis

Libéral et fervent défenseur de l’Union européenne, j’ai le devoir d’expliquer les raisons de mon vote hostile au traité de libre échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA). Le Brexit et la récente élection du Président Américain Donald Trump viennent de sonner l’alarme. La maison du libre-échange brûle. Et pourtant l’Union européenne regarde ailleurs. L’Union donne le sentiment de poursuivre, comme un train sans pilote, par pure idéologie, dans une voie qui suscite l’incompréhension d’un grand nombre de citoyens, voir la colère.

Oui, c’est l’Union européenne qui permettra aux peuples d’Europe de jouir pleinement de leur liberté de maîtriser leur destin face aux pays continents que sont la Chine, les Etats-Unis, l’Inde ou la Russie. Oui, le commerce est le plus souvent un facteur de progrès économique, d’échanges humains et culturels. Mais pas n’importe quel commerce, ni n’importe quelle Union.

Ne construisons pas des murs, mais réveillons l’Europe. Qu’elle sache être une voix qui porte dans le monde, une voix qui défende les forces du droit et du progrès de l’homme, contre l’obscurantisme et le repli sur soi. Mais qu’elle sache, aussi, quelle est sa vocation première : protéger les siens, et, tout particulièrement, les plus fragiles.

Aujourd’hui, les plus fragiles face au commerce international, et au CETA, en particulier, ce sont les agriculteurs. Certes, pas tous les agriculteurs. Les producteurs de grandes appellations géographiques, de nombreux producteurs de lait, de vins et de spiritueux pourraient tirer des bénéfices du CETA. Il ne faut pas le nier. Mais les éleveurs, eux, sont les oubliés de cette mondialisation là.

C’est à eux, à nos éleveurs, que je pense en votant contre le CETA.

Il ne s’agit pas d’un vote idéologique de rejet du commerce. Il s’agit d’un vote éthique face à une dérive patente de nos négociateurs qui ont décidé – au nom de quoi ? – que le marché européen de la viande était à vendre au plus offrant : aux Canadiens, et à qui d’autre, demain ? Aux Américains, aux Brésiliens, aux Australiens et aux Néo-Zélandais ?

Soyons cohérents dans l’ordre de nos priorités.

Si la consommation de viande fait débat – laissons chacun libre de ses choix. La qualité et l’importance de la filière européenne, en revanche, ne fait pas débat. Nous avons un secteur au potentiel remarquable. La France dispose du plus grand troupeau bovin allaitant de notre continent. Nos éleveurs sont passionnés, travaillent sans relâche, chaque jour de l’année, et font vivre des pans entiers de nos territoires.

Mais nos filières d’élevage sont aujourd’hui en grande difficulté. Soumises à des contraintes réglementaires, éreintées par une pression permanente sur les prix, elles n’ont plus la capacité de faire face au choc d’une concurrence mondiale supplémentaire. Pourtant, elles sont notre culture, notre patrimoine, le gage de la vie de nos territoires ruraux en termes d’emplois aussi bien dans les exploitations agricoles que dans les industries agroalimentaires.

Notre rôle est donc de les protéger sans relâche.

C’est pour cela, qu’en tant qu’Européen convaincu, conscient de la fragilité de notre Europe, je ne peux pas accepter le CETA tel qu’il se présente aujourd’hui. Ce traité nie l’urgence de protéger, n’offre pas de garanties suffisantes à un secteur laissé à l’abandon. Des compensations financières sans stratégie économique ambitieuse, structurante et volontariste ne suffiront pas.

Renforçons économiquement nos filières animales, essentielles à la survie de nos territoires ruraux, avec de l’investissement. Défendons nos intérêts – tous nos intérêts – en excluant des négociations les produits trop sensibles pour y trouver leur place. Ensuite, ensuite seulement, parlons commerce.

Je demande donc que la souveraineté alimentaire et la protection de notre ruralité ne soient pas de vains mots. Je demande une révision des modalités d’octroi à la Commission européenne de ses mandats de négociation – ils devraient être limités dans le temps et revus régulièrement, sous contrôle démocratique. Je demande une transparence accrue et un débat de fond transparent et inclusif, avec l’ensemble des acteurs de la société civile européenne sur notre stratégie commerciale.

Et je suis confiant : avec une vision stratégique, un cap, un contrôle politique clair et responsable où le Parlement européen doit jouer un rôle, nos experts négociateurs auront toutes les compétences pour trouver des accords sur une base saine, en offrant à nos partenaires rien de plus que ce que nous pouvons offrir, sans fragiliser les secteurs déjà en crise, en respectant et en défendant notre modèle alimentaire et culturel avec vigueur. Il est vain de verser des aides au titre de la PAC si l’érosion des prix condamne les éleveurs à la faillite.

Je veux une Europe dirigée, politiquement ; une Europe qui protège, véritablement ; une Europe qui réconcilie les consommateurs et les producteurs.

leglob-journal publie la version intégrale du texte du député européen Jean Arthuis, du groupe ALDE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe) circonscription Ouest.


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Par Jean Arthuis - Les raisons de mon vote contre le Ceta

Publié le: 15 février 2017
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