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Laval, dans le charme suranné de l’ancien comptoir de la Banque de France, qui penserait être dans ce qui devient pour une bonne part une représentante de la Banque Centrale Européenne (BCE) ? Arrivée en 1855 à Laval, la Banque de France s’est définitivement établie, après quelques remaniements en 1919, dans l’ancien hôtel particulier Courte de la Bougatrière édifié en 1836, situé rue de Bretagne. Il y eu également en 1924 une extension du bâtiment. Passé la grille et la cour, le visiteur découvre dans le hall d’accueil les anciens comptoirs de bois sombre et le sol, couvert de mosaïques. Le parquet, au point de Hongrie, est réservé aux bureaux, avec du mobilier très Second empire et Troisième République. Rencontre et entretien avec Dominique Pailleret, l’actuel directeur de la succursale de la Banque de France à Laval.

- Par Marrie de Laval

Tout le monde s’imagine la BCE uniquement présente à Francfort, loin, nous imposant son diktat sur le déficit budgétaire alors qu’elle est représentée dans chacune des succursales de la Banque de France, comme elle l’est également dans chacune des représentations de l’ensemble des banques nationales des pays de la zone Euro.

En France, c’est l’ACPR (l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) qui est l’organe de supervision de la banque et de l’assurance, mission qu’elle exerce dans le cadre du mécanisme de supervision bancaire de la BCE. L’ACPR est adossée à la Banque de France et son président est le gouverneur de la Banque de France.

La BCE est née de la volonté du Traité de Maastricht, du 7 février 1992, consacrant le passage de la Communauté Économique Européenne (CEE) vers l’Union Européenne (UE), pour intégrer un peu plus les institutions et le marché européen.

L’eurosystème en question

Elle se trouve en charge de la mise en circulation de la monnaie unique, de son renouvellement en cas de dégradation physique (2 milliards 300 millions € de fiduciaire rien que pour la France chaque année tout de même !), sa sécurisation ("restylage" de nos billets de 5, 10, 20 et 50 € afin d’augmenter les points de sécurité pour les protéger de la contrefaçon) et le soutien de son cours (lutte contre l’inflation, la dépréciation face aux autres monnaies étrangères) selon le principe de la « monnaie forte  » si cher aux Allemands.

Après la libre circulation des capitaux (1990-1993), la « politique commune  » du respect des critères économiques dits de Maastricht (3% de dette publique, 2% d’inflation, fluctuation des changes, 1994-1999), le passage effectif à l’Euro a nécessité la création de « l’Euro-système ».

La Banque de France, comme les autres banques nationales, produit pour la BCE des études de terrain nécessaire à la bonne compréhension du tissu économique et des marchés pour orienter ses soutiens par des trains de mesures mais aussi pour répartir les volumes de monnaie à créer selon le dynamisme des zones économiques. C’est ainsi que selon les pays, les pièces avec leur face nationale (facile à repérer, à la différence des billets) sont plus ou moins circulantes et plus ou moins produites en quantité.

En pratique, la BCE est une sorte de filiale de l’ensemble des banques nationales. Chacune d’entr’elles a contribué à la constitution de son capital et dépêché un gouverneur « maison » pour siéger au conseil des gouverneurs, actuellement présidé par Mario Draghi, et définir la politique monétaire, compétence reçue par délégation. Avec le passage à l’Euro physique en janvier 2002, la BCE atteint sa pleine puissance pour mener à bien la politique monétaire générale de l’Europe.

Cependant, chaque banque nationale dispose de ses propres compétences, différentes d’un pays à l’autre, selon son héritage culturel et historique. "De la sorte, il n’est pas pertinent de comparer les effectifs, le nombre de succursales et les budgets des différentes banques nationales." explique Dominique Pailleret, directeur de l’établissement lavallois de la Banque de France.

L’illusion d’une Banque Nationale de France

Créée sous le Consulat le 18 janvier 1800, à l’initiative de banquiers privés, elle émet comme les autres établissements de l’époque du papier monnaie (comme depuis l’expérience de John Law …). Napoléon Bonaparte en devient rapidement le premier actionnaire à la suite de sa fusion avec d’autres établissements et lui accorde le monopole d’émission des billets. Cela permet de lutter contre l’inflation (maitrise de l’unique source de planches à billets), de maitriser une source de financement pour l’État en guerre, tout en restant une opération financière rentable (avec les dividendes) pour lui et ses proches.

C’est ainsi que la Banque de France fabrique toujours son propre papier monnaie (ce qui n’est pas le cas de tous les pays), imprime ses billets (les pièces restant sous le monopole de frappe de l’établissement connu sous le nom de « la Monnaie de Paris »). Elle gère également les dossiers de surendettement, s’occupe du Fichier Central des Chèques (FCC), celui des Incident de remboursement des Crédits aux Particuliers (FICP), du Fichier National des Chèques Irréguliers (FNCI pour recenser les chèques volés, perdus) et le Fichier Central des Chèques (FCC) pour répertorier les personnes frappées d’interdiction bancaire.

Jusqu’en 1993, elle ouvrait encore des comptes bancaires aux particuliers, mais a dû les clore, en 2004 et les faire migrer vers le réseau commercial bancaire classique (celui du LCL par défaut, sauf choix différent du client). Car c’est en 1993 qu’elle s’est progressivement transformée en véritable banque centrale, indépendante de l’État, selon le modèle allemand.

Par ailleurs, la Banque de France tient le rôle d’une agence de notation pour les sociétés commerciales, ce qui leurs permet d’accéder en toute confiance au crédit des établissements bancaires classiques et aux marchés de financement (levée de fonds en bourses, auprès d’institutionnels, etc.). C’est ainsi que 270 000 entreprises françaises ont été passées au crible, dont 1300 sociétés en Mayenne. Ici

La Banque joue également le rôle délicat de refinancement en reprenant les crédits disposant d’une bonne cote appartenant aux banques commerciales contre de l’argent frais. C’est ainsi que les enseignes bancaires se procurent de l’argent sur le marché, en échange des crédits qu’elles ont accordés, directement à la source émettrice. Cette titrisation privée représente 1/3 du portefeuille de prises de garanties. Les 2/3 sont le fait de créances publiques. Cette activité, partagée avec 3 ou 4 autres pays, représente malgré tout une spécificité française que surveille la BCE du fait du poids des créances privées.

Enfin, de façon plus marginale, « la Banque de France tient le rôle d’opérateur national dans l’éducation financière et budgétaire de différents publics. C’est ainsi que des conventions ont été signées avec les recteurs d’académie et les CCRS pour former les enseignants et les assistantes sociales ». Il s’agit de faire connaitre les grands thèmes des études économiques mais aussi mieux faire appréhender la notion de budget dans le cadre de l’enseignement mais aussi l’assistance à l’élaboration d’un budget familial après un passage en commission de surendettement. C’est que la dématérialisation de la monnaie fait perdre bien des repères à certains adultes au point de croient que « si t’as pas d’argent, va au distributeur. » Heureusement, la Banque de France a mis en place le portail internet Mes questions d’argent. "Cela devenait urgent aux vues de certains dossiers de sur-endettement" insiste monsieur Pailleret.

Quel avenir monétaire, avec quelle devise ?

Si certains d’entre-nous ne manipulent déjà plus vraiment l’argent physique, trop habitués aux virements, cartes bancaires avec ou sans contact, voire par téléphone, le Danemark a poussé la dématérialisation à l’extrême puisque la banque royale envisage de ne plus battre monnaie. C’est trop cher à fabriquer, trop de soucis de manipulation et engendre une certaine criminalité (braquage, fausse-monnaie).

En France, nous restons encore « liquide  » à 13% de la masse monétaire en circulation et bien des familles pratiquent encore une forme de thésaurisation dans des coffres, armoires ou « sous le matelas.

Cela oblige à réfléchir sur ce qu’est la monnaie. Elle présente trois aspects : un moyen de paiement, un patrimoine (la liasse de billet entre deux piles de linge ou le coffret de pièces d’or scellé dans un mur) et permet de comparer des biens matériels grâce au « prix ». Le système fonctionne tant que le support (billet, pièce) ne soit pas galvaudé par une trop préjudiciable abondance. Rareté et confiance dans l’existence d’une contrepartie d’une réelle richesse (les fameux lingots des coffres du Trésor pour faire face en cas de crise de confiance) permettent au système de fonctionner.

Cependant, depuis la fin de la convertibilité des monnaies nationales en valeur or à la suite de la dénonciation des accords de Brettonwood en 1973, le stockage des lingots devient presque anecdotique. Certains pays ont franchi le pas, aidés par le fait que 85% de la masse monétaire soient dématérialisés, encouragés de surcroit par le fait que la création monétaire passe aussi par le crédit (les intérêts pour le capital prêté).

Ce concours de circonstances fait « qu’il n’apparait plus de première importance d’avoir une banque d’état pour maintenir le circuit monétaire et produire la monnaie. Un réseau de banques commerciales convient tout autant » affirme le directeur de l’établissement lavallois. « La souveraineté monétaire est transférée à Frankfort et discutée lors des conseils des gouverneurs représentants de chaque banque nationale  », renchérit-il. Les gouvernements n’ont plus leur mot à dire dans les choix retenus, même s’il demeure un censeur, auditeur représentant l’État, dépourvu de droit de vote lors des réunions nationales. Mais il est des présences qui parfois impressionnent.

Mais à dématérialiser et ne plus maîtriser à discrétion la planche à billets, les états ont dû se doter de moyens de contrôle du système. La crise des subprimes aux USA, entrainant une perte de confiance à se prêter de l’argent entre établissements financiers commerciaux, il est apparu bien des failles. La Banque de France a donc repris la main, pour un temps, pour servir d’intermédiaire entre les acteurs financiers.

La solution trouvée a été la réglementation dite de « Bâles  » version I et II. La version III est actuellement planifiée. La Banque de France est partie prenante aux négociations et entend faire aboutir une de ses exigences, à savoir une nécessaire capitalisation de fonds propres pour les établissements, jusqu’à 8% afin de garantir leur solvabilité.

Dans un ouvrage fort bien documenté Une fraude presque parfaite, James K. Black fait observer que ce taux était tombé à 3% aux USA juste avant la crise devenue mondiale. Pour mémoire, en 1945 aux USA, le taux de couverture devait être de 45%. Il reste donc de la marge !

Gros plan sur l’économie lavalloise

Heureusement, la Mayenne connait, depuis le début de l’année, une réelle reprise économique. La banque de France constate en effet une hausse de la courbe de crédits. Les entreprises locales reprennent des couleurs et la croissance progresse.

La chance du département est d’abriter un tissu d’entreprises au capital familial dans des activités industrielles dynamiques. Quand le siège social est localement implanté, il est plus difficile de céder aux sirènes de la délocalisation. De plus, ces structures sont des entreprises de taille intermédiaire (ETI), plus sensibles à leur territoire et aux emplois.

La banque de France établit un suivi économique régulier. Elle sélectionne un échantillon pertinent et représentatif, sans pour être trop « mayenno-centré » pour autoriser un comparatif avec le reste du territoire national. Même si le département porte une image de territoire agricole, l’emploi industriel est fort et représente plus de 30% du tissu économique, le secteur agricole concentre 10% des emplois et le reste relève du tertiaire.

Le tissu industriel est même plus dense en Mayenne que dans d’autres départements français et induit un large secteur tertiaire autour de bassins d’emploi tels que Laval, Château-Gontier, Evron, Ernée.


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Quand la BCE s’invite dans l’ancien comptoir de la Banque de France, à Laval

Publié le: 28 juillet 2017
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