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CINÉMA - On aime les plongées de Raymond Depardon. Reporters en 1981 sur le monde des journalistes ; Faits-divers, puis Délits flagrants une traversée sur la justice ; Depardon, c’est aussi un film documentaire sur les Paysans ; c’est également Journal de France, et puis voilà 12 jours : ce regard sur l’hôpital psychiatrique (HP). 12 Jours, le dernier film-documentaire de Raymond Depardon a été présenté en sélection officielle, hors compétition à Cannes. leglob-journal l’a vu en avant première au Festival du Film Judiciaire de Laval. À ne pas manquer, lorsqu’il sortira en salles le 29 novembre 2017 !

- Par Thomas H.

12 jours

La filmographie de Raymond Depardon est abondante et à chaque fois, la caméra se pose. Immobile, avec de longs zooms et de gros plans sur les visages. Elle tourne sans s’imposer, avec derrière un Depardon observateur du monde sur lequel il ne porte pas de jugement.

Faut-il prolonger ou pas, l’internement sous contrainte en hôpital psychiatrique ? On parlait avant d’hospitalisation d’office. Au Vinatier, un hôpital psychiatrique situé à Bron près de Lyon, Raymond Depardon a filmé très longuement une centaine de patients confrontés au juge de la liberté et de la détention (JLD) qui va statuer en quelques minutes sur la poursuite de l’hospitalisation. Dans un simple bureau, sans décor ni symbole, la justice est dépouillée de ses apparats. L’homme ou la femme au cœur de la problématique n’est pas un justiciable, mais d’abord « un patient », cela fait toute la différence. Il n’empêche, dans certains cas, c’est perçu comme des sanctions qui tombent.

e JLD en vertu d’une loi de septembre 2013 doit donner son accord pour toute hospitalisation sous contrainte au-delà de douze jours. 12 jours, c’est comme cela que Raymond Depardon a appelé son film. « Un vrai parcours du combattant pour obtenir les autorisations de l’institution pour filmer, mais aussi celles des juges et des patients », rapporte une magistrate parisienne au cours du débat qui a suivi la projection à Laval.

La présence d’un magistrat à l’hôpital, c’est « une avancée  » a estimé Catherine Ménardais du TGI de Laval qui a rempli cette fonction de JLD pendant plusieurs années en Mayenne, en prenant la parole à la fin du film.« Mais attention, nous ne sommes pas des médecins, et nous devons leur faire confiance ; ce que nous regardons, c’est si le dossier est bien complet et la procédure respectée. »

Pendant près d’une heure trente Raymond Depardon nous donne simplement à voir des face-à-face entre patients et magistrats entrecoupés de long plans-séquences sur l’univers de l’hôpital psychiatrique.

Des face-à-face et des dialogues qui sont déstabilisants, et parfois drôles : un patient qui entend des voix selon le diagnostic clinique pose cette question au juge en face de lui : « pourquoi me dites vous que je suis au collège ? » Sourire de la Juge qui avait simplement évoqué dans son jargon un « collège d’experts » pour expliquer au patient la « procédure ». 12 jours met en avant le décalage qui peut exister entre une justice parfois déconnectée et qui ne sait pas toujours communiquer correctement avec son public. En tout cas Raymond Depardon nous donne à voir un condensé d’accidentés de la vie et du travail qui se succèdent à l’écran où s’exprime une humanité dans le dialogue et l’échange avec le juge, expérimenté ou débutant.

Dans dix cas sur 100 seulement le juge de la liberté et de la détention décide de ne pas poursuivre l’hospitalisation. Cela se fait après avoir entendu le patient mais surtout à la vue du dossier où il vérifie la sincérité des certificats médicaux justifiant la poursuite de l’hospitalisation. L’avocat épaule le patient qui souhaite dans la grande majorité des cas sortir. Mais, c’est très souvent la reconduite dans la chambre d’hôpital, dans cet HP, véritable lieu d’enfermement et de contrainte physique où Depardon nous montre à la fois le temps, qui semble se figer et passe beaucoup plus lentement qu’à l’extérieur, ainsi que la solitude et la froideur des lieux.

Justice et santé. Ce sont les deux axes forts de l’œuvre de Depardon. Droit et psychisme donc, à priori antinomique. Avec 12 jours pas de message explicite. Pourtant les dernières images parlent aussi et permettent peut-être de comprendre ce que nous dit malgré tout le photographe, le journaliste, le réalisateur et le scénariste qu’est Raymond Depardon. Mais c’est à vous de le découvrir...

(c) Photos leglob-journal


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Publié le: 9 octobre 2017
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