« 9 ouvertures, 23 fermetures de classe » et une école en moins

 

lettrecnew-9.jpgComment va se passer la rentrée scolaire en Mayenne? Nul ne sait le dire à l’avance. C’est toujours le résultat d’une savante alchimie entre ce que l’administration se doit de donner au dernier moment et ce que reçoit l’Ecole au niveau du terrain, dans les villes et les villages. En tout cas, la carte scolaire 2018 dans le département de la Mayenne « préparée » par la Direction des Services de l’Éducation Nationale (DASEN) qui s’occupe du 1er degré, se traduit, c’est un fait, par « un retrait de 9 emplois d’enseignants, avec 23 fermetures et 9 ouvertures de classe* ». Revue – forcément – comptable de la rentrée scolaire 2018 qui s’annonce.

Par Thomas H.

Ce que craint par dessus tout chaque Inspection d’académie, – comme on appelait dans un passé pas si lointain l’institution représentant l’Ecole dans les départements -, ce sont les « remontées de parents ».

L’administration entend par cette métaphore, ces « actions » mises en place ici où là qui « médiatisent » une rentrée scolaire que chaque responsable départemental souhaite réussie et « la plus discrète possible ». Sous le mandat de la précédente Inspectrice d’Académie, parents d’élèves et maires avec écharpes tricolores en bandoulière, de concert, avaient défilé dans les rues de Laval en guise de protestation des mesures qu’elle avaient arrêtées. Du jamais vu en Mayenne.

rentreescolaire2018citation1.jpgPour réussir sa rentrée scolaire, le « chef d’orchestre » que doit être un Dasen, a le souci de mettre en œuvre, comme l’élève de base, un savant mélange de compétences. Un « cahier de compétences » fait d’arithmétique, de lecture des données, et d’écriture comptable. Pour le responsable départemental, ce cahier est beaucoup plus compliqué – on s’en doute – à mettre en œuvre que pour l’enfant en âge de scolarité, à qui on doit accorder « une attention toute particulière à la maîtrise des savoirs fondamentaux – lire, écrire, compter, respecter autrui -, condition d’une scolarité réussie et de la formation d’un citoyen libre et responsable. » commente l’Inspection d’académie qui reprend le discours de son ministre.

On sait, comme l’écrit Denis Waleckx, qu’« au niveau national, la création d’emplois au budget de l’Education nationale marque clairement la priorité accordée à l’école primaire  ». Soit. « environ 33 000 élèves » sont comptabilisés « en moins  », avec « 3880 postes de plus  ». Présenté comme le fait l’administration, on ne peut qu’acquiescer cette mise en œuvre de la politique ministérielle qui «  en matière d’égalité des chance, soutien les élèves de l’éducation prioritaire, les zones rurales, les élèves en situation de handicap. »

Dans l’académie des Pays de la Loire, « (…) seule, la Loire-Atlantique connaît une augmentation limitée de ses effectifs (+ 95).  » Au total, « 34 postes supplémentaires ont [donc] été attribués pour poursuivre la politique de dédoublement en éducation prioritaire et assurer une offre éducative de qualité dans les écoles rurales. » précise l’administration qui explique que « les moyens ont été distribués aux départements en tenant compte de l’évolution des effectifs, des moyens nécessaires aux dédoublements en éducation prioritaire et des taux d’encadrement. Ceux-ci sont ainsi améliorés dans chacun des départements  ». Plus les villes sont grandes et attractives, plus l’Ecole est mieux dotée.

En Mayenne, justement, ce département rural en grande majorité , a tendance à connaître un déclin de l’évolution de la démographie scolaire dans le premier degré public, et plus forte cette année. Il se traduit par « une baisse prévisionnelle de 321 élèves ; celle constatée à la rentrée 2017 était de 585, soit, en deux ans, une baisse d’un peu plus de 900 élèves » a calculé l’administration. L’inspection d’académie a dû rendre des postes d’enseignants. En langage politiquement correct elle parle d’« un retrait de neuf emplois».

ecoleclassessurchargeessmall.jpgDes revendications de parents d’élèves avec une banderole apposée sur le perron de l’école – © archive leglob-journal

C’est parce qu’il faut bien tenir «  compte de cette évolution démographique, [que] le département connaît un retrait de neuf postes (ce qui correspond, en moyenne, au retrait d’un poste pour une baisse de 35 élèves) » déchiffre les services du Dasen. Denis Waleckx ajoute que « la méthode d’élaboration de la carte scolaire se veut garante de l’équité territoriale, associe les élus et les représentants des personnels». Mais l’équité contrairement à l’égalité de traitement suppose qu’on donne plus à celui qui a besoin.

Il ajoute : «Les choix qui ont présidé aux opérations de carte scolaire attestent d’une prise en compte de la baisse démographique, non homogène, du département et d’une attention spécifique aux élèves présentant des fragilités sociales ou scolaires : au-delà des dédoublements des CE1 en REP + (après celui des CP en 2017), il faut noter le maintien des 15 maîtres supplémentaires déployés depuis 2013 et des taux d’encadrement plus favorables dans certaines zones du département présentant des fragilités sociales. ».

Mais que dire et penser quand une école publique ferme comme ce fut le cas à Larchamp au bénéfice d’une école privée et confessionnelle qui voit ses effectifs augmentés d’année en année ? Peut-on toujours parler d’ « une attention particulière envers la ruralité pour maintenir une offre de proximité et de qualité malgré les évolutions démographiques » ?

rentreescolaire2018citation2.jpgLarchamp avec sa fermeture d’école décrétée en Conseil départemental de l’Éducation National (CDEN) le mardi 20 février 2018 est bien évidement l’étape ultime de ce qui peut arriver de pire dans un village qui perd alors son âme, et son pouvoir d’attractivité. Cette croix dessus l’école au profit finalement de l’autre école favorise ce qu’il faut bien constater : le lent déclin des petites collectivités rurales, et les exemples sont nombreux en Mayenne.

On le note depuis maintenant plusieurs années, la politique menée par les représentants de l’Ecole en Mayenne – mais ce phénomène ne lui est pas propre – passe par la volonté de « favoriser la création ou l’évolution de regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) en maintenant un taux d’encadrement favorable dans les petites écoles. (…) le taux d’encadrement pour les écoles de moins de trois classes est de 20,62 (il concerne environ 10,5 % des élèves), celui des écoles de trois, quatre et cinq classes est de 22,62 (il concerne environ 50,8 % des élèves), alors que celui des écoles de six classes et plus est de 23,4 (38,6 % des élèves). » On en revient toujours à l’arithmétique avec, constatons-le, de drôles chiffres à deux nombres après la virgule.

Mais fort heureusement, cela se fait dans la progressivité. On a le temps de voir venir. Avant la fermeture d’école, il y a les fermetures de classes. Et même les fusions d’écoles. Pour la rentrée 2018, la carte scolaire est arrêtée provisoirement. Elle a été suspendue pendant les vacances scolaires et on en reparlera après la rentrée avec les comptages d’élèves. « Ces opérations [qui] se concrétisent par 23 fermetures et 9 ouvertures de classe [en Mayenne] pourront faire l’objet d’ajustements de rentrée afin de répondre à des situations particulières et des remontées d’effectifs significatives. Plusieurs situations seront suivies avec une attention particulière. » La rentrée est synonyme d’évolutions en milieu éducatif.

Mais, ces situations garantiront-elles « le maintien d’un taux d’encadrement raisonnable après fermeture  »? On peut le penser car le Dasen s’est voulu formel «  aucune mesure ne génère un taux moyen supérieur à 25,5 de moyenne dans l’école – taux probablement surévalué dans un contexte de baisse tendancielle – le taux moyen d’encadrement prévisionnel pour les écoles publiques de la Mayenne à la rentrée 2018 est de 22,70 (y compris les élèves de moins de 3 ans présents à la rentrée) et le nombre de professeurs [des Écoles] pour cent élèves (P/E) passe de 5,46 à 5,50 ( [Moyenne] académie : 5,42) ».

Au fait, encore des chiffres : ils seront en Mayenne « 20 711 élèves » selon les prévisions dans le 1er degré. Maternelles et élémentaires où tout se joue. Des chiffres communiqués par l’administration qui, soulignons-le, et contrairement à la précédente, est beaucoup plus ouverte à la communication. D’ailleurs, elle n’hésite pas à rappeler les « 21 027 [élèves] en 2017 », et les « 21 612 en 2016 ». Autant de données officielles signes, malheureusement, de déclin démographique en Mayenne.


*Du mieux pour la carte scolaire en #Mayenne selon les derniers ajustements rendus publics par le Dasen au lendemain de la rentrée scolaire (4 septembre 2018) : 20 classes en moins au lieu de 23 prévues avant les vacances, et 14 ouvertures au lieu de 9 grâce à une dotation de 5 postes d’enseignants supplémentaires obtenus par Denis Waleckx.

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