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Ils sont deux médecins salariés d’une municipalité en Mayenne. Bientôt trois. Ce qui semblait inconcevable va à présent bientôt entrer dans les mœurs. Deux médecins salariés par une collectivité et qui ne sont plus libéraux. Une femme, et Philippe Bourdiol à mi temps. Violeta Popa, d’origine roumaine, a décidé de s’installer en Mayenne. Elle est maintenant à la recherche sur Laval d’un maison à acheter. Pour cette femme médecin, « le libéral, c’est terminé ! » ; elle dit vouloir faire une croix dessus pour tout le reste de sa carrière. En Creuse, où elle a exercé pendant trois ans, elle a fermé le cabinet pour faire des remplacements, quand un recruteur la contactée. À L’Huisserie, Violeta Popa dans son cabinet du centre municipal de santé va faire de la télémédecine, de l’ambulatoire et souhaite devenir Maître de stage pour former des jeunes.

Entretien

Dr Violeta Popa, un des deux médecins généralistes - (c) Photo leglob-journal

leglob-journal : Comment concevez-vous votre travail de médecin dans un centre municipal de santé ?

Violeta Popa : Je peux m’occuper de mes patients et faire mon travail de médecin, c’est plus facile. Car un médecin ne fait pas seulement de la médecine, il est obligé aujourd’hui de remplir des taches administratives, de comptabilité, d’informatiques, de relations avec les fournisseurs, ça prend du temps, c’est comme ça un cabinet médical en libéral. J’ai été médecin libéral pendant trois ans en Creuse et ça m’a suffit. En Creuse, vous savez, c’est un désert médical mais aussi démographique

- leglob-journal : Comment vous organisez-vous dans cette structure toute neuve ?

On va essayer de faire ici de 8 heures jusqu’à 20 heures le soir. Avec une offre de soins assez importante. Mais peu à peu, car c’est une création de clientèle. On a commencé à zéro. J’ai apporté mon cabinet de Creuse, en fait tout ce que vous voyez ici, mon échographe, mes outils de médecin ; la mairie a fourni un ordinateur, un négatoscope mural pour visualiser les radios, par exemple.

- leglob-journal : Cela ne vous gène pas de ne plus être un médecin libéral, mais un médecin salarié par une collectivité ?

Écoutez, j’ai fait tout en libéral, je sais ce que c’est, et je peux vous dire que mes confrères sont des martyres. Le médecin libéral fait face à de très grandes responsabilité et en plus, il y a la paperasse. C’est terrible ! On est pas formé pour faire ça.

- leglob-journal : Vous acceptez le Tiers-payant ?

Oui, bien sur, même si ce n’est pas obligatoire. Et j’espère qu’il ne sera pas obligatoire parce que pour mes confrères libéraux, c’est une charge en plus, je peux comprendre que mes confrères dans le secteur libéral soient contre. Pour moi c’est facile ici, mais pour eux non.

(c) Photo leglob-journal

- leglob-journal : Le coté libéral de la profession, c’est terminé à vous entendre ?

Oui, certes avec toutefois un tout petit peu de regret, car le libéral a sa beauté, on est vraiment libre, c’est libéral, c’est ça...mais moi, je veux faire autre chose ! Par exemple, je veux faire maître de stage. Après trente ans de médecine, je veux former de jeunes médecins qui vont travailler avec moi. On va faire les consultations ensemble, des infiltrations ensemble, tout ce qu’on peut faire en ambulatoire pour éviter une hospitalisation, et pour éviter d’attendre six mois une consultation chez un rhumatologue à Laval par exemple ! Qu’est-ce que je peux faire pour ma petite mamie qui souffre de rhumatismes et qui a par exemple besoin d’une infiltration. Je vais lui dire vous savez madame, il va falloir attendre six mois... et comme elle a une pathologie qui contre indique les anti-inflammatoires, je vais lui donner, quoi, eh bien du Doliprane et la laisser souffrir six mois ?

Moi, je veux faire autre chose que des simples consultations à 25 euros. Je veux organiser un cabinet avec autre chose : audiométrie, spirométrie, faire des Doppler des veines, des infiltrations. Avec l’échographie, je vais essayer de faire de la Télémédecine, avec le service d’Imagerie de Laval. Je peux faire une échographie ici dans mon cabinet, j’ai les moyens et là-bas un spécialiste peut regarder et donner son avis. Même chose pour la dermatologie, le dermatologue peut juger de l’urgence ou pas. Pour un médecin généraliste, c’est très facile à faire. On demande un avis pas autre autre. En gynécologie, j’ai déjà fait une formation pour acquérir les gestes techniques pour les frottis, pour les implants de stérilets, et je vais faire une formation pour les infiltrations, et les sutures pour les plaie. 

- leglob-journal : Pas uniquement de la médecine générale donc, un peu de spécialisation ?

Non ! c’est ça la médecine générale pour moi ! Mais vous savez je ne fais pas de concurrence aux spécialistes, je vais faire des actes simples, et si c’est plus complexe je demande l’avis aux confrères spécialistes. C’est ça la télémédecine. On parle la même langue, entre médecins.

- leglob-journal : Vous faisiez déjà ça en Creuse ?

Non ! j’ai pas eu le temps, parce que j’avais beaucoup trop de consultations dans la journée. Jusqu’à trente. Ici, bon, j’arrive à quinze par jour. C’est très important pour les patients, pas forcément pour moi ! Je fais la même chose vous savez, mais je le fais tranquillement. Je sais que près de moi, c’est la mairie qui est vraiment très bienveillante, qui a fait tous les efforts pour mettre en route cette structure qui sert surtout à la population sur le secteur, pas à la mairie. Vous vous rendez compte après deux mois d’exercice nous avons déjà 400 patients, comme médecin traitant-référent, c’est énorme ! Il faut ajouter à ça les patients qui ne peuvent pas être reçus par leur médecin-référent, ce que j’appelle les « aigus », des petites urgences quoi.

- leglob-journal : Qu’est-ce que vous en déduisez ?

Cela veut dire que nous répondons vraiment à un besoin. Nos confrères en libéral, ils n’arrivent pas à accepter d’autres patients, donc c’est clair qu’ils sont surchargés.

La rue qui mène au centre de santé - (c) Photo leglob-journal

- leglob-journal : Observez-vous ce qu’on pourrait appeler des « patients transfert de cabinet » qui quittent leur médecin-référent pour venir chez vous ?

Non, on a pas accepté ça ! On a eu quelques personnes qui ont souhaité le faire. Vous savez les gens déménagent, ce sont des nouveaux patients qui viennent de Laval, ou de l’Huisserie, ou d’Entrammes où il n’y a pas de médecin depuis longtemps, comme à Nuillé-sur-Vicoin. À Laval, il y a deux médecins qui ont arrêté ; un qui est malade et l’autre qui prend sa retraite, bon... on accepte ces patients, je pense que c’est normal ! Vous savez, on est pas ici pour piquer les patients d’un autre confrère, c’est pas ça le but ! On veux avoir de bonnes relations avec les médecins libéraux de L’Huisserie, on est pas en concurrence. Il ne faut pas se faire mal l’un l’autre, on est assez peu, c’est pas la peine.

On travaille comme tous nos confrères libéraux ; la seule différence, c’est que les 25 euros que je perçois à la fin de la consultation sont reversés à la mairie qui s’acquitte des charges et du salaire de la secrétaire, et bien d’autres choses, et puis à la fin du mois, la municipalité me rétrocède un salaire. Comme a mon confrère.

C’est bien notre travail à mon confrère et à moi qui finance le centre municipal de santé. On gagne notre vie nous les médecins, la collectivité nous aide, mais elle ne nous paye pas ! C’est notre travail qui nous paye ! Il est tarifé par l’Assurance maladie comme tous les médecins libéraux ; il y a rien de plus ou de moins ! Bon (petit silence) peut-être un peu de moins car nous n’avons pas accès à l’Espace Pro, et ça c’est grave !

- leglob-journal : Pourquoi est-ce grave ?

Espace Pro, c’est un logiciel informatique qui permet de transmettre directement les arrêts de travail, les protocoles de soins, etc. , et bien sur, c’est un gain de temps. Mais le système n’est pas paramétré pour un centre de santé parait-il ; Espace Pro existe seulement pour les libéraux...Mais je ne sais pas vraiment pourquoi ! Et en tout cas, c’est une perte de temps.

Moi, vous savez, j’essaye d’éviter le papier, la paperasse dont je vous parlais tout à l’heure. C’est pour cela que j’essaye de faire le Dossier Médical Partagé. Si un médecin du Samu a besoin de voir le dossier d’un de mes patients, il doit pouvoir y avoir accès par internet, donc c’est ce que je veux faire ; le centre municipal de santé de L’Huisserie doit fonctionner comme ça. Pour tout le monde.

- leglob-journal : Pourquoi avez-vous accepté de répondre favorablement au Cabinet de recrutement qui vous a contacté pour venir travailler dans ce centre ?

Je ne pouvais pas faire des remplacements trop longtemps. Écoutez, à la longue c’est compliqué. Et puis tout le monde a été très gentil. Le centre municipal de santé était bâtit depuis très longtemps, et ils ne pouvaient pas le faire fonctionner... Donc ils étaient tous chagrinés, vous savez, tous, le maire, monsieur Briand [Ancien maire de L’Huisserie, il suit ce dossier depuis le début, NDLR] tout le monde disait, bon, "notre centre ne peut pas fonctionner", bon et ça m’a décidé à venir. Et je ne regrette pas du tout. Si je décide d’acheter une maison à Laval, c’est clair, non ? J’espère que c’est clair pour tout le monde. (silence)

Le travail ici, c’est un début, c’est pas simple, car il faut confirmer. C’est le début... Mais, si on arrive à 25 consultations par jour, régulièrement, c’est bon.

- leglob-journal : Que dites-vous à ceux qui pensent qu’un Centre municipal de santé, c’est comme un retour au dispensaire d’antan ?

Écoutez, quand ils viennent consulter, mes patients ne font pas la différence entre un cabinet où les médecins sont salariés et un cabinet de médecins libéraux ; Il ne faut pas humilier cette structure. Il n’y a aucune différence. La seul chose et c’est important, c’est qu’on va faire Tiers-payant et pour des papis ou des mamies qui ont une retraite 500 euros seulement, le fait de ne pas avancer des frais, c’est pas mal, non ? Vous voulez voir mon Doppler, mon échographe..Tout est de la dernière génération ici, jusqu’à l’électronique ! Arrêtons...

- leglob-journal : Comment cela se passe avec l’Ordre des médecins ?

Ils ont été très gentil avec moi. Ils ont été, vous vous rendez compte, jusqu’à envoyer mon contrat à l’Ordre national pour vérifier si tout était bon déontologiquement dans mon contrat. Et je n’ai eu aucun souci.

La façade du centre avec ses logements au dessus et sur les cotés - (c) Photo leglob-journal

- leglob-journal : Dernière question, vous êtes dans un centre médicalisé municipal, vous n’êtes donc plus un médecin libéral et en plus vous voulez faire de la médecine différemment des autres médecins libéraux, télémédecine, etc.

[Elle n’attend pas la fin de la question, NDLR]) Tout ça, ce sont des outils. Je ne fais pas autre chose que mes confrères !

- leglob-journal : Mais peu de vos confrères généralistes font ça...

Écoutez, peu à peu ça va venir. C’est du pratique... vraiment ! C’est pratique la télémédecine...

- leglob-journal : Vous êtes précurseur alors ?

Non, pas du tout...Cela se fait déjà !... À Paris, par exemple, par nécessité parce que peu de médecins veulent s’y installer car les loyers sont trop chers... D’ailleurs la mairie de Paris donne des aides à l’installation. Mais si c’est possible à Paris, pourquoi ce ne serait pas possible à L’Huisserie ?

- leglob-journal : Tout doucement, vous innovez...

Écoutez, à partir de l’année prochaine, on va essayer de faire venir des jeunes médecins en stage, pour qu’ils se fassent la main. On va préparer tout doucement une génération de médecins qui pourront exercer ce merveilleux métier qu’est le notre et qui pourront aussi vivre leurs vies.

Propos recueillis par Thomas H.


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Publié le: 13 octobre 2017
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