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CARTE SCOLAIRE - C’est une réalité. L’école publique de Larchamp ferme. C’est une conséquence de la suppression de deux classes décidée par l’administration. Les parents de la petite vingtaine d’élèves n’ont pas montré trop de protestation. Lassitude, « cela fait dix ans qu’on en parle de cette fermeture, et bien voilà, c’est fait ! » dit cette mère de famille. Reportage dans ce village d’un peu plus de 1100 habitants au Nord du département de la Mayenne.

Par Thomas H.

Le programme communal de lotissement intitulé « Le portail  » s’est presque si on peut dire refermé sur l’école. L’« Extension urbaine » programmée par la municipalité pour augmenter la population n’a pas suffi. En hyper milieu rural, ce n’est pas simple.« C’est au ralenti, hélas  » dit le maire de Larchamp Constant Buchard élu depuis 1989. Le panneau publicitaire vantant le programme immobilier et dessinant le périmètre de la commune élargie, trône toujours à l’entrée du virage menant à ce gros bourg qui parvient à conserver son bureau de poste.

Devant les crayons de couleurs du portail de l’école, des parents d’élèves tentent une analyse sur la fermeture annoncée depuis le 22 janvier, au cours d’un conseil d’école extraordinaire. « Ici, mes enfants étaient dans la même classe et ça ne posait pas de problème...J’ai moi même ce souvenir, c’était chouette la différence de niveau, on apprend plus à mon avis... » raconte cette mère de famille qui est venue chercher son fils et sa fille, en classe unique CE2 et Grande section. Résignée, elle lance « ils ont toujours voulu fermer cette école-là, ça fait des années et des années qu’on parle de la fermeture, alors...  ». Alors ? « Ça ferme, ça ferme, point barre !... on ira ailleurs ! »

Elle mettra ses enfants à Montaudin, dans l’autre école du RPI, le regroupement pédagogique intercommunal. Pas dans le privé, « ils n’en veulent pas parce que les classes sont déjà trop chargées, apparemment... Ici on n’a jamais été écouté quand on disait que l’école allait fermer ! »

« Se mettre d’accord »

Dans le compte-rendu daté du 22 janvier 2018 et affiché à l’entrée de l’école, on lit que « le RPI a été accepté par les deux conseils municipaux de Montaudin et Larchamp et il ne reste plus qu’aux maires de se mettre d’accord sur les modalités. » En raison de ce regroupement, les parents d’élèves de Larchamp devront se fixer, question horaires sur les desiderata de l’école de Montaudin car peut-on lire plus loin « ceux-ci seront changés, l’école de Montaudin souhaite passer à la rentrée à quatre jours par semaine ».

« Avoir trop de niveaux dans une classe, c’est pas bon pour la concentration  » remarque à l’inverse de la première, cette autre mère de famille qui a délaissé l’école publique pour l’autre école. « Dans la classe de ma fille, ils sont 26 avec deux niveaux, CE1 et CE2 ; il y a 5 classes en tout entre le primaire et la maternelle. Les enseignants sont au top ! C’est la réputation de l’école !  » qui fait que Saint Joseph en Primaire et Notre Dame en Maternelle se développent bien. « À Larchamp, on aime bien le religieux aussi  » analyse la maman qui s’occupe aussi d’enfants plus jeunes.

Les deux écoles maternelle et primaire, Notre Dame et St Joseph

« Bon suivi de chaque élève, alerte si il y a un souci, etc. » la mère de famille énumère les avantages selon elle de l’école qu’elle a choisi. «  J’ai trois enfants, mes deux premières ont été dans le privé et mon troisième ira là aussi ». Dans cette école où selon les enseignants qui déjeunent dans la salle des fêtes Saint Crespin – « du nom du saint patron de la commune » - transformée en cantine le temps de midi « il y a entre 110-115 enfants scolarisés et nous avons toujours eu de bonne relations avec l’école publique ! » précise une enseignante qui n’en dira pas plus.

Dans le bourg, les passants sont rares, il faut dire que c’est l’heure du déjeuner. Ce père de famille m’explique : « J’ai toujours été fidèle, et je n’ai pas l’impression d’avoir contribué à faire fermer l’école publique. C’est plus les parents qui ont retiré leurs enfants qui sont peut-être plus responsables et encore ... » L’école publique de Larchamp a « toujours eu une trentaine d’enfants et ces derniers temps ça s’est dégradé » estime Roger. « C’est une coutume communale ; Larchamp, vous savez, c’est grande campagne ! J’ai l’impression qu’ici on va plus au privé. »

« Triste nouvelle »

Du coup « les chiffres sont trop bas pour l’inspection  » remarque le directeur de l’école par intérim. « À la rentrée de Mars, il y aura 10 élèves en Maternelle et CE2 dans la classe dont je m’occupe. Et nous seront vingt au total sur les deux classes, la deuxième fonctionne avec 3 niveaux CE1, CM1 et CM2... » Pour Maxime Jacquette, « C’est une triste nouvelle, cette fermeture... c’est vraiment très dommageable !  » Une fermeture programmée. « Il aura été possible avec vingt enfants de maintenir une classe avec tous les niveaux, mais c’aurait été un choix politique » et il rajoute aussitôt « ce n’est pas forcément le mieux pour les enfants, pour l’enseignant comme pour les parents... »

Le centre de Larchamp avec ses commerces

Dehors les cloches de l’église sonnent midi passé de cinq minutes, le rappel du soleil au zénith. Je croise l’institutrice. Elle a été nommée à Larchamp depuis le premier septembre sur un poste « à titre définitif ». Sauf que...« c’est dommage !  » dit-elle simplement. Elle sait depuis peu que sa classe va fermer et que l’école aussi. Je lui demande : le maintien d’une classe de niveaux, c’était pas possible ? Elle me répond : « ça ne se fait pas dans la circonscription d’Ernée, l’inspecteur ne veut pas. Et une seule classe dans une école au niveau de la sécurité, c’est pas possible car l’administration estime que c’est dangereux...Mais, avec une Atsem, c’est-à-dire du personnel communal en plus pour ce qui est par exemple de la section maternelle, pourquoi pas...c’était possible »

La professeur des écoles sait qu’elle devra « participer au mouvement » et changer d’affectation. Mais elle ne semble pas plus affecté de cela. Elle va bouger « suivant les modalités faites pour les enseignants. » avec notamment des points en plus pour suppression de son poste.

« Seriner les oreilles »

Physiquement, l’école sera fermée. Mais le maire élu depuis 1989 estime qu’il y aura toujours une école à Larchamp. Et puis, «  il y aura un RPI avec Montaudin à trois kilomètres. »

Alors. Constant Buchard a-t-il baissé les bras comme le disent certains habitants ? « Pas du tout ! Je me suis battu pour le maintien de cette école, d’ailleurs si je n’avais rien fait, elle aurait déjà été fermée quatre ou cinq ans à l’arrière ; l’inspection d’académie nous serinait les oreilles depuis plusieurs années pour fermer ».

Et si Montaudin avait refusé le RPI ? La question a été posée parait-il à l’inspecteur de circonscription par une parente d’élèves. La réponse aurait été « on reste comme ça... » Étonnant non ? Mais Mautaudin qui est un peu en sous-effectif aurait eu, dit-on, tout intérêt à étoffer le nombre de ses élèves accueillis. Les deux municipalités en tout cas ont été priées de prendre une délibération dans le sens de la création du RPI avant le 15 janvier 2018 commente le maire qui ajoute « l’inspection académique pousse derrière, et après, on dit c’est la mairie ! Elle semblait très pressée...La commune a toujours fait ce qui faut pour que les deux écoles fonctionnent. » Un des adjoints à la mairie, Jacques Aubry, décédé il y a cinq ans, était un ancien directeur de l’école publique qu’il a beaucoup défendue.

La salle des fêtes qui sert le midi de cantine pour les deux écoles privées catholiques situées à proximité

Le maire estime que c’est difficile quand on rame à contre courant. « Nous à la municipalité, on est les premiers déçus de cette fermeture. Vous savez, c’est facile de nous faire porter le chapeau à nous les maires, mais ce n’est pas nous qui décidons. La loi NOtre par exemple qui a été votée, eh bien on la subit. Les habitants avec elle vont payer un abonnement pour l’eau et voir leurs factures grimpées. »

« Une tendance 80-20 »

Le maire se recentre sur l’école. À Larchamp, « ça fait 70 ans que c’est comme ça. C’est une tendance 80-20 » explique-t-il. Le privé d’abord, le public ensuite. « C’est comme ça ! Mais on est pas la seule commune dans ce cas, autour de Larchamp ». Le discours du premier magistrat du village ça été de toujours dire aux parents quand ils le questionnaient « c’est à vous de choisir entre le privé et le public, je ne suis jamais entré dans leur choix pour les influencer ; c’est ça pour moi la démocratie ! »

Retour dans la rue. Avec les parents qui accompagnent les enfants après ce qu’on appelle « la pause méridienne ». « Plus d’école publique dans le village, c’est un choix de perdu, une liberté de moins !  » analyse ce père de famille avec un sourire qui vit à Larchamp depuis 32 ans. Dans la petite cour de l’école « solide,selon le maire, car construite avec des pierres », un autre homme fait un signe de la main au gamin qui rejoint ses camarades de classe. Avec sa femme, le retraité garde l’enfant entre midi et deux. Il explique que les parents ne le mettront pas à Montaudin au RPI, mais dans le privé. « Les parents sont libres ! » lance cet ancien conseiller municipal qui rajoute aussi mais « pour moi, c‘est toujours pénible une école qui ferme surtout dans une commune de 1100 habitants  ».


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Publié le: 21 février 2018
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