Discrimination négative aux effets négatifs

 

Sortira, sortira pas? Rendra, rendra pas ? En tout cas, ça rififi sec au sein de l’UMP après le discours grand sécuritaire du chef de l’État français si l’on en croit les propos des députés mayennais.

Par leglob-journal

Élu dans le Nord du département, Yannick Favennec, un proche de Jean-François Copé, serait en réflexion sur son appartenance politique. Selon sa propre expression, le patron du parti du Président de la République en Mayenne se trouve « aujourd’hui sur le pas de la porte de l’UMP. Je réfléchis sur mon envie de rester dans cette famille, ou pas. Je déciderai si je rends ma carte à la rentrée. »

En tout cas, cela a le mérite de la clarté venant du Président de l’UMP mayennaise qui fustige l’attitude de ceux qui se comportent « comme des godillots ». Cette position de quasi rupture en dit long sur l’état de la démobilisation des propres troupes de l’UMP.

«Les» propositions [De Nicolas Sarkozy, NDLR] me mettent très mal à l’aise car elles heurtent ma sensibilité humaniste et centriste » estime Yannick Favennec. « Je crains que l’on ne perde une partie de notre électorat, alors que nous ne sommes même pas sûrs de récupérer les électeurs courtisés par ces propositions, à savoir ceux du FN… […] Je suis également choqué que l’on stigmatise une catégorie de la population : dans les gens du voyage, il y a des Français, il ne faut pas l’oublier! »

Mauvais souvenirs

A droite aussi, le député UMP du Sud Mayenne Marc Bernier n’est plus en phase avec Nicolas Sarkozy qu’il estimait en Mars 2010 « cramé » après les élections régionales. Il dénonce dans le JDD des propositions « inapplicables et choquantes ».

Le parlementaire se trouve (pour une fois ?) sur la même longueur d’ondes que son confrère du Nord Mayenne qu’il avait pourtant fustigé vertement et publiquement à propos de son utilisation de Twitter pour commenter en direct une réunion de l’UMP sensée se tenir à huis clos.

«Ce» n’est pas le rôle du président de la République d’opposer des catégories de population les unes aux autres », estime Marc Bernier. Qu’est-ce que ça veut dire, être “français d’origine étrangère”? Qu’en pensera le président de l’Assemblée nationale, lorsque la proposition sur la déchéance de la nationalité arrivera dans l’Hémicycle? Il y a une formidable attente de la part des jeunes issus de l’immigration. Ils n’ont pas besoin qu’on les culpabilise, qu’on les montre du doigt. Ils ont besoin qu’on les soutienne. Tout ça pour courir après les électeurs FN… On a compris que c’était un coup médiatique! ajoute le député. Quant à la responsabilité pénale collective, que l’on veut appliquer aux parents de mineurs délinquants, cela me rappelle de très mauvais souvenirs de l’histoire de France… »

Michel Rocard estime lui que le projet du gouvernement français de condamner les parents d’enfants délinquants remonte « à Vichy » et aux « nazis ». Pour Arnaud Montebourg, député de Saône et Loire et Secrétaire national du PS en charge de la rénovation, « les Français doivent se souvenir que le seul régime qui a déchu de la nationalité des milliers de personnes, c’était le régime de Vichy avec les Juifs. Il a fait de citoyens français, des non-français. Cela reste une trace indélébile dans notre histoire. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui le pacte constitutionnel ne permet pas de retirer à quelqu’un sa nationalité pour un simple délit […] conclut le député socialiste. »

Une porte dangereuse

Même sentiment du coté du sénateur UMP Philippe Dallier un proche de Jean-Pierre Raffarin qui se déclare « inquiet que l’UMP se focalise uniquement sur la sécurité. La déchéance de la nationalité ne peut pas régler tous les problèmes ».

Il est vrai que la déchéance est un acte gravissime qui ne serait de toute façon possible qu’à la suite d’une modification de l’article premier de la Constitution qui stipule que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Cqfd.
Article qui institue donc l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction d’origine. Toute autre interprétation ferait basculer cette proposition hors du champ républicain. Et sera une porte ouverte dangereuse. Des spécialistes de la Constitution le dénoncent aussi. Ici.

En pleine tourmente de l’affaire Woerth, le président français avait fait la déclaration qui suit à Grenoble, en usant du story telling, sa stratégie de communication préférée, qui veut qu’une information lancée chasse la précédente et que les média s’en emparent :

« Il faut le reconnaître, je me dois de le dire, nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration. Nous sommes si fiers de notre système d’intégration. Peut-être faut-il se réveiller ? Pour voir ce qu’il a produit. Il a marché. Il ne marche plus. Je ne me suis jamais laissé intimider par la pensée unique. Il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la deuxième, voire de la troisième génération, se sentent moins français que leurs parents ou leurs grands-parents. Tous ici vous pourriez en porter témoignage. Tous. Tous vous avez des exemples. Pourquoi ne le dit-on pas ? On a peur ?  Moi ce n’est pas de faire le constat qui me fait peur, c’est la réalité. Nous n’avons pas le droit à la complaisance en la matière. »

« De même nous allons réévaluer les motifs pouvant donner lieu à la déchéance de la nationalité française. Je prends mes responsabilités. La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique. La nationalité française se mérite et il faut pouvoir s’en montrer digne. Quand on tire sur un agent chargé des forces de l’ordre on n’est plus digne d’être français. Je souhaite également que l’acquisition de la nationalité française par un mineur délinquant au moment de sa majorité ne soit plus automatique ».

Au plus fort de l’été le pavé est donc lancé. Il remue les eaux boueuses sur lesquelles la société a réussi à faire naître au fil des années un vivre ensemble acceptable.

Aussi le discours du N° 1 français remet au goût du jour, plutôt que le recours à l’Education et à la citoyenneté qu’il serait bon de promouvoir, la stigmatisation et l’exclusion, la confusion et l’amalgame. En fait la discrimination négative. Comme de l’huile sur le feu, avec des ingrédients dangereux qui finalement ne sauraient résoudre les problèmes qui se posent.

1 thought on “Discrimination négative aux effets négatifs”

  1. Discrimination négative
    enfin…des elus mayennais qui se posent de bonnes questions!!!quoi quil en soit ils n’ont pas beaucoup de choix!!!
    cependant ils affichent une volonte d’affranchissement vis a vts de derives plus qu’inquietantes .

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