| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Après une campagne électorale extraordinaire, bouleversant le paysage politique français et sortant les plus anciens professionnels de la course à l’élection via les primaires, nous voici avec un jeune bleu, audacieux, à la présidence de la République. Si les résultats nationaux annoncent un score de 65,7 % en faveur du candidat En Marche !, la Mayenne s’est distinguée, avec d’autres rares départements, en passant les 80 %. Et pourtant, nous n’avons pas assisté à une mobilisation d’un front républicain contre la montée en puissance du parti de l’extrême droite. L’abstention, le nombre de bulletins blancs ou nuls a également explosé, banalisant, légitimant presque, la présence du mouvement frontiste.

Par Marrie de Laval

Jamais il n’y a eu autant de votes blancs ou nul. Plus de 12 millions d’électeurs se sont abstenus et 4,07 millions ont voté blanc ou nul. Peut-être faut-il y voir la conséquence de l’absence de consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon. Toujours est-il que cela participe à la dédiabolisation du mouvement Bleu Marine, renforcée par la « prise de guerre » en la personne de Nicolas Dupont-Aignan, premier ministrable de la candidate. Son ralliement libère la parole et l’action en faveur des idées extrémistes, nouvelle étape après les discours au vitriol tenus par Nicolas Sarkozy depuis 2007 pour récupérer les électeurs frontistes. Sauf évènement extraordinaire, nous risquons d’avoir une autre poussée frontiste, autrement plus importante en 2022. Et au cours des prochaines législatives.

Maintenant, tout reste à faire pour le nouvel occupant de L’Elysée : mettre en œuvre son programme (s’il ne s’agit pas uniquement de vagues promesses), obtenir une majorité au parlement dont il n’aura pas à craindre une motion de censure, parce qu’il lui sera acquis, ou éclaté en une kyrielle de groupes opposés.

Nous entrons dans une drôle de période, celle de l’entre deux : passée la présidentielle mais sans encore deux chambres parlementaires installées, pouvant remettre en cause le choix d’un Premier ministre par l’Élu Emmanuel Macron. C’est l’œil du cyclone, cette étonnante période de calme après une première agitation et dans l’attente de la suivante.

Avec la période électorale des législatives qui s’ouvre depuis hier soir, les journalistes semblent en porte-à-faux avec cette situation inédite puisque la seule question posée par exemple lors des soirées électorales à Najat Vallau-Belkasem (PS) et pourtant candidate à la députation dans le Rhône sous l’étiquette Parti Socialiste était de savoir si elle s’inscrivait, ou non dans la majorité présidentielle.

Il faut également remarquer qu’il n’est jamais abordé le choix des candidats estampillés En marche ! au profit d’un renouvellement des têtes, mais toujours sous l’angle du recyclage des personnalités installées de longue date en politique, sans oublier de souligner comment nombre de vieux briscards cherchent à s’imposer comme interlocuteurs incontournables, voire comme ministrables de cohabitation, surtout chez Les Républicains.

Il ne faudra pourtant pas jouer les naïfs à ce sujet. Si Emmanuel Macron veut absolument renouveler les représentants du peuple, des logiques partisanes obligent à regarder qui est implanté localement pour savoir qui favoriser pour la victoire de son camp et avec quel ralliement. Cependant, en écoutant le premier discours prononcé à 21H06 durant cinq minutes, le ton se veut sobre, grave, rassurant, européen, mondialisé et solidaire.

Il est indéniablement dans son époque, à la différence de Jean-Luc Mélenchon qui appelle ses partisans à devenir des aiguillons, des opposants au nouveau président en usant d’une rhétorique datée alors qu’il a su paradoxalement utiliser la technologie la plus moderne durant sa campagne pour adresser ses messages. Quant aux représentants LR, le ton est assez revanchard, comme s’ils étaient déjà majoritaires dans les futurs hémicycles, prêts à imposer une cohabitation dure avec le président élu.

Mais à 22h38, après une arrivée incarnée dans la cour carrée du Louvre, le discours, sans note, comme à son habitude (à l’inverse de celui plus figé donnée quelques minutes plus tôt à son QG à l’annonce de sa victoire), s’adresse à tous : soutiens, électeurs (acquis ou non) avec des mots jamais vraiment entendus chez ses concurrents « courage et bienveillance » pour rappeler les conditions de la campagne, en souhaitant parler d’avenir avec la jeunesse, promouvoir l’audace, la parole et l’action avec le reste du monde.

L’hymne européen, l’hymne à la joie en ouverture et la Marseillaise en clôture de discours fixent déjà les axes de la politique à venir, ligne de fracture de partis trop vieux, trop sclérosés dans leurs dogmes dont les Français ne veulent plus.

Il reste à savoir comment la population et certains groupes vont se comporter dans cet entre-deux. Il reste à savoir quel sera le Premier ministre retenu, pour combien de temps. Il reste à savoir s’il les français lui donneront les moyens politiques de réaliser son projet ou bien, réveillés de l’ivresse de cette élection, s’ils ne retourneront pas aux partis traditionnels et aux polémiques stériles.


Réagir

En France, le « tout nouveau et tout beau » Président, dans l’oeil du cyclone

Publié le: 8 mai 2017
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-société
Politique Elections Législatives2017 Présidentielles2017
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS