L’appel de RESF 53 en faveur des MNA ignorés

TRIBUNE – Ils sont à la rue à Laval. Onze garçons migrants qui déclarent être âgés de 15 à 17 ans. Des Mineurs non accompagnés (MNA) qui auraient vu, selon Réseau Éducation sans Frontière, leur minorité contestée par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) dépendant du conseil départemental. RESF 53 dénonce, condamne et signe cette Tribune sur leglob-journal.

Par RESF 53


C’est la première fois que nous prenons en charge onze jeunes mineurs non scolarisés dans l’urgence : logement, démarches administratives, accompagnement aux soins. Nous trouvons une solution pour certains d’entre eux en laissant les autres à la rue.

Chaque soir, il faut recommencer en sollicitant les proches, les amis-e-s… sans aucune solution d’avenir et tout ceci en plus de nos activités professionnelles et engagements personnels. La tâche est moralement épuisante et jamais satisfaisante, parfois même elle entraîne de la culpabilité, c’en est trop ! De nombreux enfants, seuls, encourant des risques inimaginables, sont contraints de traverser l’Afrique et la Méditerranée au péril de leur vie afin de trouver en France « Terre d’accueil » des conditions de vie décentes qui devraient leur permettre d’échapper à la misère, à la faim, au dénuement.

migrantmnacitation.jpgDétenteurs d’actes de naissance établissant leur minorité, ils ont été confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance, qui, au terme d’une évaluation sommaire, un entretien social fait par une éducatrice et un psychologue jugeant si l’aspect physique et les propos sont compatibles avec l’âge annoncé, décide de confirmer ou non leur âge et donc d’assurer leur prise en charge.

La sentence est tombée telle un couperet sur la tête d’une dizaine d’enfants ces dernières semaines : « vous êtes trop grand », « votre mâchoire est trop développée », «vous avez des poils sur le visage », « vous êtes adulte » ! Ils ne laissent pas la place au doute, alors que le doute est inscrit dans la loi.

Ces enfants, dont certains ont juste quinze ans dorment désormais dans les rues de Laval ; la Halte de Jour leur permet de trouver un peu de chaleur en journée mais ils ne bénéficient d’aucune autre aide, ne sont pas scolarisés et sont à la merci de tous les dangers inhérents à une vie d’errance. Depuis quand des appréciations d’ordre physique constituent-elles une preuve de majorité ? Pourquoi reprocher à ces enfants des imprécisions dans le récit de leur périple alors qu’ils ont vécu l’enfer et ne maîtrisent pas bien notre langue ?

Abdul a quinze ans, il parle peu et a toujours la tête baissée ; il a quitté la Côte d’Ivoire pour atteindre la Libye où il est resté sept mois dont trois passés en prison. Il a été battu et privé de nourriture. Il a traversé la méditerranée pour rejoindre l’Italie, il y est resté trois mois. Il est arrivé en France en décembre 2017, a été pris en charge par l’ASE. Reconnu majeur en février 2018, il est sans ressource, incapable de s’orienter à Laval ; il doit pourtant chercher un logement chaque soir et rejoindre les points de distribution de nourriture. Son état de santé est inquiétant pourtant aucune aide médicale n’a pu lui être proposée à ce jour.
blanc_long-50.jpgQuand nous interrogeons, Ousman, Abdul, Mohammed, Sulleyman sur leur souhait pour l’avenir, la réponse est toujours la même : nous voulons aller à l’école et apprendre le français. Certains nous demandent de les déposer à la bibliothèque.

Dans un pays où les profits explosent, où lISF est supprimé, il est honteux de constater que les droits élémentaires des enfants sont bafoués, que la convention internationale des droits de l’enfant est piétinée. Faudra-t-il attendre un accident grave pour que les pouvoirs publics réagissent en Mayenne ? Combien de morts faudra-t-il aux portes de l’Europe pour que les politiques aient le courage de prendre des décisions.

Les bénévoles ne suffisent plus et culpabilisent de ne pouvoir satisfaire toutes les demandes alors que les politiques se déchargent du problème humain, raisonnent en chiffre et pensent à leur carrière. «D’ici la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois», avait affirmé Emmanuel Macron en Juillet 2017. Nous en sommes loin. Mais où est la solidarité nationale qu’ils et elles citent tant en ce moment ?

Avec colère, nous dénoncons : cette indifférence, ce manque d’humanité, cette hypocrisie et cet individualisme forcené des politiques. RESF 53 réclame auprès du conseil départemental de la Mayenne une prise en charge complète de ces enfants : un toit, l’école, un accompagnement adapté.

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