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« Des trains à très grande vitesse !  », on sent bien l’ironie de la Confédération paysanne dans le titre d’un de ses communiqués qui dénonce ce qu’elle appelle un « enfumage  », ni plus ni moins. En cause, le résultat du « grand chambardement » environnemental qu’a connu le département de la Mayenne, avec la construction de la LGV, la Ligne à Grande Vitesse capable de propulser des trains à 300 kilomètres/heure.

-  Par Édouard L.

Finalement tout ça pour ça ! semble dire en substance le syndicat agricole minoritaire en Mayenne qui a fait les comptes et voit midi à sa porte. Trois trains directs Paris-Laval seulement en 2017, selon la SNCF, feront le trajet en 1 heure et 11 minutes. Facile à retenir 1 heure et 11 minutes, c’est 3 fois le chiffre 1. Finalement constate le syndicat agricole ce sont beaucoup moins de précieuses minutes qui seront gagnées.

La confédération paysanne écrit dans un communiqué toujours d’actualité qu’elle a envoyé il y a quelques temps à toutes les rédactions, et qui est passé pratiquement inaperçu : «  La ligne à grande vitesse est en phase d’achèvement et la SNCF annonce la couleur : 16 dessertes quotidiennes dont 3 liaisons directes pour Laval.

Nos élus départementaux semblent surpris qu’il n’y ait pas plus de trains qu’avant. Depuis le début du projet, c’est l’enfumage. Aujourd’hui, les uns et les autres semblent tomber des nues alors qu’ils savaient, dès le début, que ces travaux pharaoniques ne changeraient pas grand-chose… »

Une Mayenne qui a bien changé, ici sur la commune de Changé

Des travaux dignes d’Hercule, en effet. Avec toute la puissance mise en œuvre des pouvoirs publics, ce sont des millions et des millions de mètres cubes de terre qui ont été déplacés et terrassés, 26 au total, 7 viaducs construits rien qu’en Mayenne pour un « gain de temps [qui] n’est que de 13 minutes en moyenne alors qu’on nous en promettait 20. » insiste le syndicat qui prend la parole parce que son fond de commerce a été chamboulé.

Et justement, la Confédération souligne que « (...) la Mayenne a perdu 900 hectares de terres agricoles. Il a fallu déménager des exploitations et des usines en place, faire des échanges de terres. Des kilomètres de haies ont été abattus. Des zones humides ont été déplacées sur des zones qui n’en sont pas. Faire des ponts, refaire des routes... » Il est certain que selon la SNCF et Réseau Ferré de France « 214 hectares de bois ont été replantés, et 249 ha de zones humides auront été recrées pour la préservation de la biodiversité ».

Le bilan que dresse avec son regard critique la Confédération paysanne se place aussi bien sur le plan environnemental que financier. «  Le coût de l’opération annoncé était de 2 milliards d’euros. En réalité, il se situe sans doute aux environ de 3 milliards d’euros voire plus. Pour gagner 13 minutes, ça fait cher la minute.  ».

Le syndicat agricole poil à gratter ne parle pas de ce qu’on appelle la « virgule de Sablé-sur-Sarthe » ; un tronçon de ligne LGV supplémentaire en forme de ponctuation chère à l’ancien Premier ministre François Fillon, pour un coût total de 36,3 millions. Rappelons à ce sujet que le Département de la Mayenne a pris à son compte 5% de la somme nécessaire, soit 1,815 millions d’euros ; même montant pour la part de Laval Agglomération.

Cela dit, à l’époque, pour rapprocher la Bretagne de Paris, la Confédération paysanne avait prévenu : « Il y aura plus de désagréments que d’avantages ». Elle avait proposé l’aménagement de la ligne de chemin de fer existante, avec la circulation de trains appelés pendulaires. Pour pouvoir ne pas dérailler à grande vitesse, ils peuvent se pencher dans les courbes. Plus économique en tout point. Et puis « cela aurait évité une deuxième saignée, après l’autoroute, pour préserver le bocage dans notre département. On aurait gagné au moins autant de temps...Malheureusement, les Mayennais regarderont encore les trains passer. » commente la Confédération paysanne. Un brin acerbe.

Avouez que la métaphore est plutôt osée ; et le syndicat oublie les retombées économiques qui ont pu bénéficier toutefois à la Mayenne. En matière d’emploi notamment avec plusieurs centaines de personnes qui ont été recrutées un temps sur place dans le département pour les travaux de terrassement, dont beaucoup étaient en difficultés sociales. Par ailleurs des entreprises comme Séché, ou bien Blot, ou Chazé TP, ou même Ouest-Acro ont pu tirer leur épingle du jeu LGV.

La fin des travaux est prévu à l’automne. Les premiers essai sur zone seront effectués en fin d’été. La ligne sera mise en service à la mi mai 2017, si tout va bien. En tous cas cette année 2017, année de grand changement en tout point, verra aussi la mise en service d’un tronçon de LGV entre Tours et Bordeaux ainsi que dans le sud de la France, le contournement baptisé Nîmes-Montpellier, par la SNCF.


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LGV : « avec 3 liaisons directes, les Mayennais regarderont encore les trains passer »

Publié le: 23 mai 2016
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