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Deux heures d’audition pour Emmanuel Besnier, le président-directeur-général de Lactalis, accompagné de plusieurs cadres, mines et costumes sombres, dont Michel Nalet le directeur de la communication et des relations extérieures du groupe, déjà entendu il y a plusieurs mois par le Sénat. Face au PDG, héritier de l’empire Lactalis, et avant de recevoir plus tard les trois ministres concernés par cette affaire - les députés de la commission d’enquête parlementaire ont demandé des comptes, sans compromission et en toute indépendance à un Emmanuel Besnier qui s’est montré évasif.

Par leglob-journal

Instructive et éclairante notamment cette audition, sur la « discrétion » qui n’a pas valeur d’opacité, selon Emmanuel Besnier. « Groupe discret, c’est largement lié à ma personnalité, dit-il. Certains veulent transformer cette discrétion en opacité, c’est une grave erreur. »

En préambule le Président Christian Hutin et le Rapporteur de la Commission Grégory Besson-Moreau ont dit leur « étonnement » - un mot faible eu égard au courroux ressenti - à propos de l’irruption des conseils d’Emmanuel Besnier dans le processus d’indépendance de l’Assemblée Nationale.

L’intervention des avocats du groupe, missionnés, selon les termes du Président, pour « arrêter les travaux de la commission d’enquête » avait-elle pour but de la « renvoyer aux calendes grecques. ». Une démarche que les députés de la commission n’ont pas apprécié. Le Président Hutin : « Nous sommes contrariés que vous ayez essayé de torpiller cette commission !  » rappelant que la ministre de la Justice avait, lorsqu’il était question d’ouvrir une commission d’enquête parlementaire, donné au tout début son accord au Président de l’Assemblée nationale. Et convoqué le 9 avril par les députés, rappelle le Président, Emmanuel Besnier n’avait pas formulé « d’objection de fond  ».

Emmanuel Besnier, l’air sombre, assis au coté de Michel Nalet son directeur de la communication, regardant en direction du Président - image capture Ass. Nat.

« Oui nous avons failli à notre mission de base, assurer la sécurité alimentaire de nos produits... ». En lisant son papier, le PDG sans sourcilier commence en « renouvel[ant] ses excuses » comme le feront, tour à tour, tous les représentants de Lactalis qui prendront la parole. Emmanuel Besnier redit avec une voix assurée que cette épisode n’est pas le résultat « d’une fraude, à aucun moment nous n’avions connaissance de la présence de salmonelles dans nos produits finis, comme il a été allégué ». Il redit aussi – car, étonnamment, il s’est beaucoup expliqué dans la Presse quelques jours avant cette audition au Palais Bourbon, comme s’il voulait amoindrir son effet, que le groupe a tiré tous les enseignements de cette affaire. Mais l’aplomb s’évanouit un peu lorsqu’il est question que le N°1 à la tête du groupe Lactalis « depuis 18 ans » qui emploie « 80 000 collaborateurs sur 240 sites à travers le monde » improvise ses réponses, suite à l’intervention du Président Hutin qui vient de remettre un peu les pendules à l’heure. « Vous n’êtes pas ici pour lire, vos réponses doivent s’inscrire dans la sincérité... » Sous entendu, ce que vous nous dites ne nous satisfait pas.

Pas encore de juge nommé

Le député Richard Ramos a du mal à ce stade à comprendre la position du PDG et le trouve en décalage : « excuses » reformulées et « compassion » affichée ne sonnent pas juste selon le député du Loiret qui finit avec passion par s’emporter au micro. « Vous n’avez même pas rencontrer les victimes ! Et vous nous parlez d’excuses ! » Emmanuel Besnier sommé de répondre avance, mais on sent qu’il est un peu déstabilisé : « A partir du moment où l’on est en procédure judiciaire avec l’association qui nous a attaqué, c’est difficile de rencontrer les représentants des victimes. » L’AFVLCS est en effet à l’origine des plaintes qui sont instruites par la Justice. « on ne sait pas si un juge a été nommé », avance le Président Hutin.

La députée de la Mayenne a du reposer sa question faute de réponse satisfaisante la première fois. Ici, Géraldine Bannier, deux de ses collègues dont Richard Ramos en bras de chemise - image capture Ass. Nat.

Le choix des laboratoires de contrôle. «  La sécurité de nos consommateurs est notre souci primordial et notre obsession », « et nous ne comprenons pas pourquoi 15 000 analyses n’ont révélé aucun résultat positif sur nos produits avant le 1er décembre 2017 » déclare Emmanuel Besnier ; et Le PDG de rappeler que « la publication de nos analyses positives n’est pas une obligation, et contrairement à ce qu’on a bien voulu faire croire, nous ne cachons rien […] si cela devient obligatoire le cas nous nous y plierons... »

« Sur 70 usines en France on ne peut pas effectué toutes les analyses […] annonce un des représentants du groupe accompagnant le PDG ; deux grands labo internationaux nous suivent. Et à l’avenir nous en utiliserons plusieurs. »

Suivi « pas à pas »

« Pourquoi ne pas avoir d’emblée fait jouer le principe de précaution ?  » avait questionné en préambule le Président Hutin. Au bout d’une heure environ d’explication made in Lactalis un député revient sur le sujet qui n’a pas obtenu de réponse : « Nous n’avions pas anticiper la crise » dit Emmanuel Besnier. « C’est un accident. Il n’y a pas de responsabilité dans l’usine de Craon... » Le Président reprend la main : « Qu’est ce qui n’a pas fonctionné monsieur le PDG ?  » relance Christian Hutin. Est-ce la faute des laboratoires ? » Le N°1 de Lactalis : « Nous ne souhaitons pas reporter la faute sur les laboratoires. » dit Emmanuel Besnier «  il y a une enquête en cours, on verra les résultats. »

Le président Hutin à nouveau : « vous dites qu’une enquête est en cours et vous redémarrez l’usine ?  » interroge le député qui pointe la contradiction. Emmanuel Besnier marque un temps d’arrêt et avance : « Toute la contamination a eu lieu sur la tour n°1. Et en concertation avec les autorités, tout a été encadré avec les autorités, donc il n’y a pas de problème. », rajoutant « Les autorités de l’État nous suivent pas à pas. »

L’audition terminée Michel Nalet remet un document au service du Président de la commission parlementaire qu’il avait réclamé au cours des débats - image capture Ass. Nat.

« Avoir des contrôles positifs cela peu arrivé. Ce fut le cas en août et novembre 2017 avec un contrôle positive concernant un sol et un balais. [...] » « Mais en 2005, demande le rapporteur Grégory Besson-Moreau, c’était sur des produits finis et cela a concerné plus d’une centaine d’enfants... Est-ce qu’aujourd’hui, l’Agroalimentaire doit revoir ces procédés de contrôle ? » « 2005 nous n’étions pas propriétaire de l’usine [...] » rappelle le PDG de Lactalis. L’usine de Craon appartenait, en effet, au groupe Celia.

Santé publique

« Pourquoi y-a-t-il fallu que le ministre prenne un décret-rappel ? » demande le Rapporteur qui n’a manifestement pas l’intention d’éluder comme ses collègues députés un certain nombre d’interrogations. Question reprise par le député de Fougères Thierry Benoit qui place aussi le débat sur les relations avec les agriculteurs – un peu conflictuelles - et l’absence de dialogue y compris avec l’ex-ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, « votre voisin de Sarthe qui n’a pas votre n° de téléphone portable »...Le siège de Lactalis rappelons-le est en Mayenne.

Emmanuel Besnier s’astreint à répondre ; il l’a dit lui même au début de l’audition, il n’était pas habitué à se mettre en avant. « Le 8 décembre on a préconisé un nouveau retrait. La DGCCRF a souhaité le faire par décret... » Sur les relations avec le ministre, « Stéphane Lefoll n’a jamais souhaité nous contacter... effectivement c’est la seule fois...Mais nous avons toujours eu de bonnes relations avec les autorités ministérielles et nous n’avons pas besoin d’alerter la presse quand nous le faisons  » Un député recadre : « Vos relations étaient conflictuelles avec le ministre... »

Fin 2017, 36 nourrissons ont été atteints de salmonellose après avoir bu un lait infantile des marques Picot et Milumel produit dans son usine de Craon en Mayenne. Les causes de la maladie de deux autres nourrissons sont encore recherchées.

Presqu’en fin d’audition, Emmanuel Besnier s’est engagé a rencontré l’association des victimes. Du moins l’avons-nous compris comme tel. Sur le lait rappelé dans cet « accident » comme l’a qualifié le PDG, « 20 millions de boites seront détruites en accord avec les autorités ; cela a déjà commencé il y a quelques semaines. » Emmanuel Besnier n’a pas redonné le montant du manque à gagner dans cette affaire, qu’il s’était accordé à divulguer sur RTL. Le faire devant la Représentation nationale eut été déplacé, tant il s’agit surtout dans ce dossier de lait infantile contaminé, de santé publique.


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Le PDG de Lactalis : « Nous n’avions pas anticipé la crise »

Publié le: 7 juin 2018
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