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Avoir la Lecture en tête  et un Festival chevillé au cœur, depuis 25 ans, telle est l’ambition de l’association éponyme depuis 1992, une démarche unique dans l’Ouest de la France. Et relativement peu médiatisée. Dans le Sud-Est, la ville de Chambéry propose un tel festival depuis 30 ans mais axé lui sur des romans francophones, européens. A Laval, c’est le Festival du premier roman, une animation culturelle qui n’est pas toujours prophète dans son pays.

- Par Marrie de Laval

Quand vous évoquez le Festival du Premier roman, rare sont les lavallois qui le connaissent vraiment. Pourtant « Avoir un festival de lecture basé sur le choix de titres par les seuls lecteurs, c’est innovant », explique Céline Benabes, la responsable administrative de Lecture en Tête qui regrette que le Festival n’ait pas plus d’aura sur la ville de Laval et en Mayenne.

Elle ajoute « Par contre, se centrer exclusivement sur les primo-édités rebute le public qui n’ose pas toujours prendre le risque de découvrir un auteur inconnu. C’est la raison pour laquelle, depuis 2012, nous nous ouvrons aux auteurs étrangers, invitons nos “anciennes découvertes”, proposons un prix du deuxième roman et introduisons des œuvres destinées au théâtre. De la sorte, nous avons diversifié le profil des visiteurs et doublé l’offre et l’achat de livres  ». Car il faut bien faire vivre le Festival.

La belle maison médiévale, siège de l'association (c) leglob-journalInstallée depuis 2010 au 28 de la grande Rue, au rez-de-chaussée de la maison du « Pou volant  » une maison médiévale, la structure s’apparente à une bibliothèque de quartier. Elle permet à tous d’accéder aux livres, à consommer sur place ou à emporter ; car « les livres sont cette autre nourriture, spirituelle celle-là. Ils aident à grandir, à vivre et à comprendre le monde » insiste la responsable de Lecture en tête.

Le but de l’association est de promouvoir la lecture de la littérature contemporaine à travers des ateliers auprès du jeune public (de 14 ans jusqu’au post-bac) et d’un public dit « éloigné ». Le Festival du premier roman devient le fil conducteur et le point d’orgue de la saison d’animation ponctuée de rencontres avec les auteurs primo-édités avec des ateliers d’écriture ou des temps de lecture.

Cette année, le festival, présidé par Pierre Assouline, écrivain, journaliste, ancien responsable du magazine Lire notamment. Le festival met à l’honneur la Colombie avec le thème du processus de la paix par la culture. Et si les sujets abordés par tous ces jeunes auteurs sont durs, l’ensemble des propos échangés lors des différentes rencontres et ateliers sont stimulants, parfois clivants mais toujours riches d’humanité.

La lucidité sur la rudesse du temps permet d’en discuter et de trouver des moyens pour limiter ses effets ou la combattre. Car « une bibliothèque est un hôpital pour l’esprit » proclame sur un de ses linteaux l’antique bibliothèque d’Alexandrie !

Cependant, entre les projets, les ambitions et l’existant, il y a parfois comme une sorte de grand écart

Pour le président du Festival « toute initiative qui développe, soutient et diffuse les premiers romans doit être encouragée. Le premier roman, c’est par définition et par excellence, le vivier des talents de demain, le laboratoire des promesses même si certaines ne sont pas tenues, le premier jet et le premier cri, souvent celui où l’écrivain est à son meilleur car il ne doit encore rien à personne et se sent plus libre. Je suis donc très curieux de les entendre de vive voix puisque je les lis à longueur d’année. »

Alors que les lecteurs, eux, réclament de plus en plus une forme de caution, une sorte de garantie de la part des maison d’édition en courant après les livres à « bandeau  », les fameuses petites languettes rouges ceinturant le livre et signalant l’obtention d’un prix ou d’une distinction, gage de sérieux et de talent, jusqu’à devenir une façon de segmenter le marché du livre dans une démarche purement commerciale, à l’opposé d’une recherche intellectuelle et culturelle.

Laissez-vous aceuillir par "Lecture et tête" (c) leglob-journal

A croire que le livre fait peur !

Le livre fait peur et pas seulement aux lecteurs : les collectivités locales pourtant pourvoyeuses de subventions sont également frileuses dans leur soutien du Festival du premier roman. Comme si l’argent, et quelques grandes affiches implantées en ville suffisait à faire venir les foules !

« Une présence sur le lieu serait bienvenue  » estime Céline Benabes, mais aussi une animation sur les réseaux sociaux, comme celle générée lors du Laval Virtual qui permettrait de battre le rappel. Mais curieusement, ni la ville, ni le département et leur bras armé qu’est l’Office départemental du tourisme ne jugent utile d’en faire la promotion sur ces fameuses plateformes, regrette la responsable de Lecture en tête.

La fréquentation mayennaise est bien moindre que celle de visiteurs originaires de l’Ile-et-Vilaine, de la Loire-Atlantique, de la Sarthe du Maine-et-Loire ou même de l’Orne. Un comble ! Cette retenue est bien dommage car après tout, « les livres ont leur destin » entre les mains des lecteurs.

C’est ainsi que malgré le doublement de la fréquentation du public lors du week-end, l’objectif pour ces 25 ans de festival est d’accueillir 3 500 personnes, alors que pour ses 19 ans, Laval-Virtual s’enorgueillait de recevoir 18 000 visiteurs et qu’à Chambéry, pour les 30 ans du festival, 12 000 personnes ont parcouru les stands.

Il existe donc une belle marge de progression possible, si tout le monde s’implique un petit peu plus ! C’est également un argument supplémentaire pour signaler le dynamisme du territoire auprès de catégories socio-professionnelles dites supérieures pour qui la Culture relève d’un art de vivre que le département parvient si difficilement à attirer. Rien de tel pour l’attractivité du territoire !

Bénévoles et permanents au travail (c) leglob-journal

Des mois de sélections, une année d’animations, un festival en acmé

Car les organisateurs s’en donnent les moyens. Ce sont près de 162 romans qui ont été lus cette année pour sélectionner les 16 écrivains participants à cette 25e édition du festival. Les adhérents ont déniché, ou reçu directement des éditeurs eux-mêmes les ouvrages puis réalisé autant de fiches de lecture avant de retenir ceux qui auront su faire une certaine unanimité.

Une fois la sélection achevée, les bénévoles informent et sollicitent les librairies et les bibliothèques du département pour que soient organisées des soirées à thème avec lecture, débat et rencontre entre l’auteur et le public ; un projet audacieux que d’organiser ces rencontres dans des boutiques connues, proche du domicile du lectorat qui parfois les fréquente.

Cette année, 44 bibliothèques (scolaires, municipales et autres) participent à l’évènement via des animations spécifiques appelées « gourmandises », comme pour mieux mettre en appétit les lecteurs confirmés ou occasionnels.

D’autres bénévoles, spécialement formés par des subventions d’Etat, s’adressent, eux, à ce public dit « éloigné » présent en ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail, les anciens CAT), à l’hôpital de jour, à la maison d’arrêt et à la MLDS (Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire). D’ailleurs, la mise en avant de cette double approche pédagogique a reçu le label « Jeunesse et éducation populaire » de la direction départementale du ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Et la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) avec la CNL (Commission National du Livre) soutient activement le festival proprement dit tout en proposant des formations professionnelles aux bénévoles de Lecture en tête.

Alors, si l’aventure vous tente, rendez-vous sur l’esplanade du château neuf du 27 au 30 avril prochain ou bien, rejoignez l’association, au 28 de la Grande Rue, et les quelques cent adhérents, personnes physiques et les 60 bibliothèques scolaires, sans oublier l’équipe, de deux permanentes, aidée par une jeune femme effectuant son service civique. Le Comité d’administration regroupe dix personnes. Quant à la cotisation annuelle, elle s’élève de 5 à 25 €, selon votre situation.

Ici, le programme.


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Les 25 ans du trop confidentiel Festival du premier roman de Laval

Publié le: 26 avril 2017
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