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Pôle emploi, la cible est inédite. Mais se rassembler devant les grilles de la Préfecture, ils le savent et le disent : ils ne peuvent plus guère attendre du Préfet de la Mayenne. Entre ce dernier et Philippe Jehan par exemple, celui qui mène et emmène en Mayenne la Fédération départementale des syndicats d’Exploitants Agricoles, les relations ne sont pas franchement au beau fixe. Alors, parce que les manifestations dites classiques, comme celle de l’été dernier n’ont « pas donné grand-chose  », il faut donc inventer d’autres façon d’interpeller l’opinion publique.

- Par Thomas H.

Cette façon de faire parler d’eux, d’occuper l’espace médiatique est cette fois différente. Bien à l’opposé, en tout cas, de ce qu’ils nous ont donné à voir jusqu’à présent. Le syndrome des camionneurs montant sur la capitale pour peser sur les pouvoirs publics : terminé ! D’ailleurs, ils étaient peu nombreux. Cette démotivation à participer aux actions, c’est dorénavant une constante. Une quarantaine d’agriculteurs seulement s’étaient rassemblée devant le Pôle emploi flambant neuf du Quartier Ferrié, à Laval, l’ancienne caserne désaffectée.

En arrivant, les quolibets et les rires fusent devant les portes qui ont été fermées pour la circonstance. « Y’a personne là-dedans ? Si, ils sont en train de faire l’inventaire des crayons !  » répond cet autre agriculteur goguenard. Les autres rigolent comme le feraient des adolescents.

Et pourtant la «  détresse  », c’est le nouvel élément de langage avancé. On ne parle plus simplement de « difficultés », financières par exemple, de « trésoreries vides », non , on évoque la « détresse » celle des éleveurs qui voient leurs revenus baisser.

Depuis 2012, un exploitant agricole, un éleveur de bovins par exemple a vu son revenu avant impôts et charges sociales déduites, passer de 25 000 euros à environ 17 000 sur l’année. Sans parler des éleveurs de porcs qui connaissent eux des situations encore plus critiques ; difficultés à rembourser par exemple les traites des emprunts contractés peut-être trop facilement et trop à la légère en surfant sur une conjoncture favorable, situation à laquelle s’ajoutent les effets induits de l’embargo russe décrété disent les agriculteurs « pour des raisons géopolitiques qu’on ne maîtrise pas ».

« Alors quel avenir avons-nous ? » interpellent les agriculteurs. Comment sera demain ? La réponse là-aussi appelle des éléments de langage que les fédérations départementales sont priées de reprendre. « Un chef d’entreprise éligible au RSA ». Agriculteurs et RSA ! Les exploitants agricoles et petits patrons qu’ils sont, ont du mal à s’y résoudre. Mais dans la filière porcine sinistrée, des dépôts de bilan d’exploitation soumise aux créanciers et aux dettes ont bel et bien été enregistrés. Alors !

Les agriculteurs qui se valorisent pensent à l’économie locale, déjà fragilisée par un chômage relativement important - secteur agro-alimentaire qui vit de la production des éleveurs, abattoirs, transformateurs, Grande distribution - et ils expliquent que cela ne peut pas durer comme cela. Et pour tout le monde. Les éleveurs savent parce que «  le département est bien plus rurale que certains autres qui vivent aussi de l’agriculture qu’un agriculteur au chômage égale 7 emplois menacés » disent-ils. Ira-t-on vers une Mayenne désossée de sa colonne vertébrale qu’est l’élevage ?

Avec cette action, ils demandent que leur « détresse » soit mesurée à sa juste valeur. Car ils n’ont plus l’impression d’être entendu. Et même s’ils ne demandent pas d’aide directement, ils veulent que la protection de leur travail soit mise en place, et au même titre que le salarié qui a été victime d’un licenciement. D’où leur présence devant Pôle emploi.

Les portes de l’agence avait été fermée durant le rassemblement. Et le temps d’une mise en avant sur la scène publique de leur détresse, des drapeaux de la FDSEA, blancs et vert aux couleurs de l’organisation syndicale agricole, ont flotté sur la façade du Pôle emploi. Parce que des agriculteurs rigolards et décomplexés les avaient accrochés comme pour s’approprier l’institution, ou s’en rapprocher. Tout un symbole.


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Les agriculteurs mayennais, du blues à la « détresse », se tournent vers Pôle emploi

Publié le: 24 décembre 2015
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