| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Mutualiser les moyens, faire des économies, mais ne pas parler de fusion...pas encore. Voilà qu’on reparle de la suppression de l’échelon département mais par le biais cette fois du rapprochement avec d’autres pour créer une super-structure plus forte, plus efficace, appelée par exemple Maine-Anjou. La Mayenne, le Maine-et-Loire et la Sarthe sont-ils condamnés à tellement se rapprocher qu’ils pourraient ne plus faire qu’un ? L’obligation de mutualiser passerait-elle par celle de s’allier pour avoir plus de poids ? Questions, disent certains, de vie ou de mort.

Par leglob-journal

Catégorique, Olivier Richefou le patron du département de la Mayenne :« Pas question de fusion, dit-il au Glob-journal. Et se voulant même clarifiant, il rajoute : On va vers des travaux en commun, à géométrie variable, à deux, ou à trois... car dans un monde qui bouge les départements doivent aussi s’interroger sur leurs modèles ! » Voilà pour la déclaration politique qu’on pourrait qualifier de porte ouverte.

Olivier Richefou à Saint-Berthevin lors de l’une de ses réunions de mi-mandat - © leglob-journal

On veut bien mutualiser, pour faire des économies d’échelles sur un même territoire, ce qui passe souvent par la disparition notamment de services au public. Et on veut bien aussi le faire, depuis quelques temps, entre la Mayenne, le Maine-et-Loire et la Sarthe. Car « cela a du sens » disent en cœur les dirigeants des trois collectivités territoriales. Maine et Loire, Mayenne et Sarthe. Mais pour l’instant cela s’arrête là.

Quand il est question de parler de fusion, surgit sans doute le spectre de la disparition pure et simple. Car fusionner, c’est mourir un peu. Avec comme conséquences, la fin des prérogatives de chacun et le début de la perte de pouvoir individuel pour les chefs des exécutifs départementaux. Sans parler pour les autres, ceux qui sont moins visibles, et qui doivent craindre des suppressions de postes à la clé. La mutualisation, c’est ça aussi.

Fusion, le mot avait été évoqué par le n°1 du conseil départemental de Maine-et-Loire, Christian Gillet, un ex-UDI. C’est lui qui, comme il l’avait déclaré au Courrier de l’Ouest, a « jeté un pavé dans la mare ». Selon lui : « si on ne bouge pas, on est morts ! » avait-il lancé. Mais fusion, c’est un mot qui, comment dire ?... irrite donc un peu. « Pas question de faire peser l’incurie de l’État sur les collectivités  » avait rétorqué dans ce même quotidien, Dominique Le Mèner, le président LR du conseil départemental de la Sarthe qui ne veut pas entendre parler de fusion. « C’est n’est pas à l’ordre du jour » avait-il simplement dit.

« Si on ne bouge pas, on est morts ! »

Malgré tout, Olivier Richefou ne ferme pas la porte. Au Glob-journal, il explique que ce sera sans doute dans le prochain mandat qu’il faudra s’en préoccuper vraiment et parler de fusion. « Je suis peut-être un peu vieux jeu, dit-il en souriant, mais nous sommes au début d’un rencontre, disons que nous sommes à l’école maternelle, à la récré et on commence par se faire des bisous, puis on joue ensemble et peut-être qu’un jour on se mariera ensemble ! mais cela ne se fera pas dans ce mandat là ! »

Ce soir du 24 mai 2018, au Centre de rencontres en réponse à une question posée par Yannick Borde le maire de Saint Berthevin qui l’interrogeait, Olivier Richefou dressant, parfois avec humour, le bilan de mi-mandat 2015-2021, répond : « Nous travaillons ensemble et nous mutualisons déjà certaines fonctions support... ».

Celui qui préside la Conférence Nationale des Services d’Incendie et de Secours estime que «  le manque d’argent nous oblige tous à être intelligents ». Dans un article récent du Monde, il évoquait justement les SDIS à la charge des départements dont la facture pourrait être diviser par trois : « Acheter nos véhicules ensemble, et avoir une équipe de plongeur commune et des systèmes interconnectés, ça a du sens. Les plongeurs n’interviennent pas constamment et cela coûte cher malgré tout... »

Avant que ne commence la réunion dans la Salle de rencontres de Saint-Berthevin - © leglob-journal

« Asphyxiés » comme le disent les élus par les baisses de dotation de l’État, il faut bien trouver des moyens pour survivre. Voici donc le temps des vaches maigres, même en Mayenne. Alors entre les trois départements, rapportait Le Monde, « les mutualisations se multiplient. Ils achètent leurs consommables (essence, papier, etc.) ensemble, développent un seul et même système de numérisation et d’archivages et coopèrent dans le domaine du tourisme fluvial. Les voilà maintenant aussi associés pour obtenir de l’État le développement de l’aéroport d’Angers-Macé, un équipement dimensionné pour accueillir des gros-porteurs mais qui végète depuis sa construction il y a vingt ans [...] ». C’est l’abandon de Notre-Dame-des-Landes qui ouvre des perspectives selon le principe bien connu du "il faut développer ce qui existe." »

Pour Dominique Le Mèner, le n°1 du Département de la Sarthe, il faut voir cela sous l’angle surtout des économies avait-il déclaré au Courrier de l’Ouest : « cette mutualisation va nous permettre d’économiser quelques centaines de milliers d’euros et, mis bout à bout, ça représente quelque chose. Par exemple, en Sarthe, 1 % d’impôts, c’est un million d’euros. Mon échelle, c’est ça.  » avait précisé l’élu.

Attractivité chérie

Mais sans le trio, la Mayenne est bonne dernière en terme de population et donc du coté de la force. Avec ses 310 000 habitants, elle a du mal à rivaliser en poids avec la richesse que génère par exemple les 570 000 habitants de la Sarthe ou bien encore les 810 000 habitants du Maine-et-Loire. Celui qu’on peut considérer comme le petit poucet de la région Pays-de-la-Loire se trouve très loin derrière, à la traine de l’attractivité écrasante de la métropole nantaise (620 000 habitants) qui forcément pèse très fort en terme de déséquilibre dans une région où le département de la Loire-Atlantique fait figure de locomotive, pour ne pas dire de véritable aimant en terme de flux de population. Une Loire-Atlantique qui se positionne à gauche politiquement et donc à contre-courant des autres.

La Mayenne rencontre donc des « soucis en terme d’attractivité » ; elle a du mal à attirer. Elle est allée jusqu’à "faire monter" des chefs d’entreprises à Paris avec des politiques et le Préfet, pour leur faire faire du vélo dans les rues de la capitale et les faire vanter les mérites du département de la Mayenne. Mais cela n’a pas été suffisant pour attirer des candidats à l’emploi et donc des installations en Mayenne. Toutes les forces dites "vives" se battent depuis longtemps pour essayer d’enrayer cette spirale. Depuis le « Élargissez vos horizons », le slogan du président du conseil général de l’époque Jean Arthuis, pas de grand changement. La Mayenne semble boudée. Sans qu’on sache véritablement pourquoi.

Pour tenter d’inverser la vapeur, le conseil départemental d’Olivier Richefou qui arrive à mi-mandat, pense que cela passe notamment par la communication, « mais pas uniquement bien-sur » a-t-il répondu à une intervention venue de la salle à Saint-Berthevin. Il faut une prise de conscience collective, être fier de la Mayenne partout où on va et partout dire que nous avons un beau département avec de vrais potentiels... » a ajouté le N°1 du département de la Mayenne.

Selon la politique menée par Olivier Richefou, le 100 % fibre : voilà la panacée, pour un département qui, dans ce contexte, « arrivera en deuxième position derrière Paris » et qui se déclare « hyper-connecté » avec le Laval-Virtual, le salon de la Réalité virtuelle et augmentée. Laval, une ville préfecture à 1 H 10 de Paris grâce à la LGV, inaugurée en Juillet 2017. Mais tous ces ingrédients ne semblent pas suffisant pour faire prendre la mayonnaise de la Mayenne devenant attractive. Alors ?

Olivier Richefou sur le plateau de Public-Sénat, le 16 mai 2018 - Image capture

Parce que ce positionnement par rapport aux autres collectivités plus attirantes devient prédominant, il a fallu réagir pour s’insérer dans le trafic afin de devenir plus "sexy" en terme d’image. Le Département a recruté un Directeur de la communication, auquel il a été souhaité adjoindre dans le titre lié à sa fonction le mot « attractivité ». Un mot de cinq syllabes presque culte, et devenu lanterne magique à la Ali Baba, comme s’il suffisait de le prononcer pour l’appeler à fonctionner.

Tout imaginer

Le nouveau venu en communication a d’ailleurs mis tout son talent pour trouver rapidement un nouveau slogan pour la collectivité qui utilise comme insigne Pégase, le cheval ailé. Perçu comme un revival, une rupture en communication a été opérée avec ce qui existait auparavant. « La Mayenne de toutes nos forces », le nouveau slogan du Département est écrit en « lettres blanches » précise Olivier Richefou « sur fond rouge parce que c’est plus lisible ».

Un slogan qui met en avant le mot « forces » au pluriel peut-être pour faire oublier les faiblesses du département. Une phrase volontairement sans verbe qui laisse tout imaginer. Par exemple, La Mayenne, [on l’aime] de toutes nos forces... La Mayenne, [il faut l’aimez] de toutes nos forces... ou bien La Mayenne, [faisons-la exister] de toutes nos forces...Ou bien encore, La Mayenne, [portons-la] de toutes nos forces. On peut donc tout imaginer. Et c’est là que c’est assez fort. Chacun peut voir en effet ce qu’il désire dans ce slogan qui fait aussi appel à la méthode Coué en suggérant qu’on y croit, et qu’on y croit bien-sûr de toutes les forces vives, celles qui composent la collectivité. Décideurs, entrepreneurs, agriculteurs, scolaires, mayennais, etc. Tous. Et chacun est amené à contribuer. Mais dire, cela sera-t-il suffisant ?


1 commentaire

Réagir

Mayenne, Maine-et-Loire, Sarthe : vers un mariage de raison

Publié le: 31 mai 2018
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Idées 53 Département
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2018 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS