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Par Aubin Laratte - Fini le château de Lesnières à Vaiges pour les meetings de la N°1 du FN. La propriétaire, Marie-Alix Le Comte, électrice FN depuis plus de trente ans, candidate à toutes les élections locales en Mayenne depuis 2010, vient de rendre sa carte : «  jamais Marine Le Pen n’aurait dû évincer Bruno Gollinisch du Front national » dit-elle. En Mayenne, le parricide au Front national, et les actions pour normaliser le parti ne vont pas sans dommages collatéraux.

- Par Aubin Laratte

« Marine présidente, Marine présidente, Marine présidente !  » Nous sommes le 17 septembre 2011, à Vaiges, dans le sud-Mayenne. Marine Le Pen, présidente du Front national depuis 8 mois, tient son premier grand meeting de campagne pour la présidentielle de 2012. Un millier de personnes étaient venues de tout le grand ouest, et font face au magnifique château de Lesnières, drapé pour l’occasion de bleu, de blanc et de rouge. Aujourd’hui, la propriétaire du domaine, militante au Front, fait ses cartons. Et claque la porte du parti après trente ans de militantisme.

(capture d'écran Discours Marine Le Pen - You Tube)

Marie-Alix Le Comte a 80 ans. Son château est quasiment vide. Ses dernières affaires sont progressivement débarrassées. Elle habitera bientôt Laval. Sur le perron, assise dans un fauteuil, la vieille femme profite des premiers rayons de soleil du printemps. Au lendemain du 1er mai, elle a renvoyé sa carte du Front national à Marine Le Pen. « Ce n’est pas un coup de colère, explique-t-elle. Ce qui a fait déborder le vase, c’est l’éviction de Bruno Gollnisch et de Marie-Christine Arnautu. » Ces députés européens frontistes avaient osé aller voir le Menhir, Jean-Marie Le Pen, rendre hommage à Jeanne d’Arc et, au passage, tacler sa fille à qui il prédit la défaite.

Fidèle et loyale

Marie-Alix Le Comte l’a toujours été envers le Front national. Elle commence à s’y intéresser au début des années quatre vingt, mais sans tout de suite prendre sa carte. À cette époque, elle se rend à un meeting que donne Jean-Marie Le Pen à Versailles (Yvelines). Le parti ne pèse alors rien. En 1981, Le Pen n’est pas parvenu à recueillir le nombre suffisant de parrainages pour se présenter à la présidentielle. Il en faut désormais 500 quand il en fallait 100 jusqu’en 1976. En 1974, il n’avait obtenu que 0,75 % des suffrages à la même élection.

C’est en 1986 que le Front national perce véritablement : 35 députés sont élus à l’Assemblée Nationale (le suffrage est proportionnel cette année là, François Mitterrand appliquant ce qu’il avait promis ; sa suppression sera l’une des premières mesures de Jacques Chirac, alors devenu Premier ministre) et 135 conseillers régionaux font leur entrée dans les assemblées régionales. C’est à la fin de l’année 86 que Marie-Alix Le Comte adhère au Front national. «  J’ai été séduite par Jean-Marie Le Pen, par son discours et par les idées qu’il défendait  », confie t-elle.

(c) photo Aubin Laratte pour leglob-journal

Rapidement, le Front national lui donne des responsabilités. Elle devient candidate à une élection municipale en région parisienne. Elle est ensuite chargée de représenter le parti comme déléguée à toutes les élections sur le secteur de Vaucresson, dans les Hauts-de-Seine. Professionnellement, elle travaille auprès d’une psychologue, dans la publicité puis dans les assurances. Lorsqu’elle revient en Mayenne, où elle est née, elle milite toujours. «  Là où on avait besoin de moi, j’allais  », sourit-elle. Depuis 2010, ce “bon soldat” a participé à absolument toutes les élections locales, des municipales aux régionales en passant par les législatives et les cantonales.

Aux dernières élections départementales, aux côtés de Joël Daniel, elle obtient dans le canton de Meslay-du-Maine le meilleur score du parti en Mayenne. Face à Norbert Bouvet et Jean Julie, le binôme frontiste recueille 32,49 % des suffrages et se retrouve au second tour. La logique aurait voulu qu’elle soit en position éligible pour les élections régionales. Mais avoue aujourd’hui l’octogénaire « J’ai demandé à être dernière car je ne voulais pas être élue. Déjà, à ce moment, je n’étais pas beaucoup d’accord sur un certain nombre de prises de décision. »

Le père perdu

Comme beaucoup de militant, Marie-Alix Le Comte s’est sentie orpheline sans Jean-Marie Le Pen. Plus encore la semaine dernière lorsque Marine Le Pen a demandé à Bruno Gollnisch de quitter le bureau politique du parti. En 2011, la Mayennaise avait voté pour lui, face à l’actuelle présidente. Elle lui avait mis son château à sa disposition pour réunir ses soutiens avant le Congrès de Tours durant lequel Jean-Marie Le Pen passa officiellement la main. Ce qui ne l’empêchera pas d’accueillir à deux reprises Le Pen fille pour ses meetings.

(capture d'écran Discours Marine Le Pen - You Tube)

« Ce que je n’apprécie pas, c’est que Marine Le Pen écarte, ou qu’on lui fasse écarter, tous les fondateurs du Front, ceux qui soutiennent son père ou qui ont une certaine vision de la politique. Les succès qu’elle a maintenant, elle les doit à son père, recadre la Mayennaise. Marine Le Pen a fait fructifier le Front national, mais c’est son père qui l’a créé. Lui et ceux qui l’aidaient ont su maintenir le cap sans dévier l’esprit. »

Marie-Alix Le Comte a vu le Front national évoluer. Des quelques milliers de voix à plusieurs millions, du tractage «  parfois très chaud » au tractage « qui est du gâteau »... La recette d’une démarche de normalisation commencée après les manifestations anti-Front national en 2002, quand le parti est arrivé au second tour de la présidentielle, et qui s’est accélérée lorsque Marine Le Pen est arrivée à la tête du parti. «  Les fondamentaux n’existent plus. On ne parle plus de ce qu’on parlait avant : pendant un certain temps, on n’a plus parlé de l’immigration, déplore la démissionnaire. On ne sait pas ce qu’ils pensent de la famille, ils n’en parlent plus non plus !  »

Nouvelle figure du nouveau FN

Plus que Marine Le Pen, le problème se situerait davantage au niveau de Florian Philippot. Il est apparu dans l’organigramme du Front national en 2012 en tant que vice-président, moins d’un an après son adhésion au parti. Aujourd’hui, il est devenu une figure du nouveau Front national.

Pour Marie-Alix Le Comte, bien qu’elle ne citera pas une seule fois son nom, il est «  le loup qu’on a laissé entrer dans la bergerie  ». Elle a une interprétation bien à elle de ce qu’il fait ici et de qu’il se passe au Front national aujourd’hui : «  On fait entrer sous couvert d’aides et de conseils quelqu’un qui en fait est une taupe. On fait monter la mayonnaise avec les sondages influençant les électeurs. Si on fait d’un coup tomber Marine Le Pen dans les sondages, alors peut-être les votes suivront et le Front national disparaîtra. »

Selon elle, le « système » avait déjà tenté d’arriver à ses fins dans les années quatre vingt dix avec la scission Mégret. « Ils ne veulent pas que le Front national arrive au pouvoir car sinon il découvrirait toutes leurs magouilles », croit savoir Marie-Alix Le Comte.

Pour l’année prochaine, la fédération mayennaise du Front national devra se trouver un autre candidat pour les législatives. Pour ce qui est de l’élection présidentielle, Marie-Alix Le Comte ne sait pas si elle votera pour Marine Le Pen. « Si le Front national rentre à nouveau dans les critères du Front national tel que je l’entends et tel qu’il a été, alors je soutiendrais Marine Le Pen. »

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Publié le: 10 mai 2016
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