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Avec l’Association des familles victimes du lait contaminé à la salmonelle (AFVLCS), le dossier qui secoue en France et en Mayenne le groupe Lactalis est sous haute surveillance. Quentin Guillemain, le président de l’AFVLCS, nous a accordé un entretien dans lequel il évoque les silences, les oublis, les omissions directes ou indirectes, les manquements et autres zones d’ombres qu’il met en lumière autour de cette affaire qui s’est noué en Mayenne. Quentin Guillemain sait qu’on a pas fini de reparler de ce dossier et derrière ce qu’il appelle « [s]on combat », ce qu’il cherche, c’est obtenir une certaine transparence autour des contrôles et autocontrôles dans les groupes de l’agroalimentaire.

Entretien

- Leglob-journal : La seule réaction politique sur cette affaire de lait contaminé, c’est celle de la sénatrice de la Mayenne Élisabeth Doineau qui a fait un communiqué pour soutenir Lactalis. Le silence des autres élus que dit-il selon vous ?

Quentin Guillemain : Cela dit qu’on a du personnel politique qui s’intéresse surtout à son intérêt personnel ou local, avant de s’intéresser à l’intérêt général, en l’occurrence la santé publique ; et tant qu’on aura cela, ça ne changera pas. J’ai l’impression que les intérêts économiques passent avant tout chose. et au mieux qu’il y a une nonchalance sur le sujet et au pire qu’on prend la défense de Lactalis. Parce que c’est un grand groupe français, dont on va parler en Chine avec la vitsite du Président Macron. Car selon l’AFP le lait infantile est au menu des discussions, à travers des accords qui vont être signés entre les deux pays ; c’est pour cette raison, à mon avis, que les élus ne souhaitent pas évoquer cette problématique de santé publique. Santé publique mais pas uniquement, car il s’agit aussi de problématique de contrôles car lorsqu’on voit les révélations du Canard Enchaîné dernièrement - et qu’on sera appelé à voir ce qui se passe réellement en terme de contrôle dans ces entreprises - on est en droit de se poser un certain nombre de questions.

- Leglob-journal : Que voulez-vous dire ?

Notamment sur le laisser-aller des autorités ; moi j’ai entendu le Préfet. Il dit qu’il n’est pas obligé de publier un arrêté préfectoral qui est censé être public, eh bien si, il est obligé. Monsieur le Préfet considère qu’il est bon de publier un arrêté le 29 décembre à 19 heures, parce qu’il se fait comme on dit "mettre la pression" par un certain nombre de journalistes ; parce qu’il ne souhaite pas communiquer cet arrêté qu’il a signé, quand on lui demande de manière simple et formelle ; alors il faut qu’un avocat lui envoie un courrier en lettre recommandée pour qu’il le publie ! Je trouve ça dommageable... Nous sommes dans un État qui est censé être transparent, vis-à-vis de ses consommateurs, surtout quand il s’agit de santé publique. Il n’est pas censé essayer de cacher un certain nombre de choses, pour défendre Lactalis.

Lire aussi : Lactalis : un pavé jeté dans « La Mare du Canard »

- Leglob-journal : Cet avocat dont vous parlez, il s’agit de celui de votre association l’AFVLCS ?

Non pas du tout... Monsieur le Préfet a publié son arrêté le 29 décembre, et la lettre de mon avocat a été envoyé le même jour. J’ai eu un échange avec les services du Préfet le 28 décembre, la veille. Ils n’ont pas souhaité me communiquer l’arrêté préfectoral arguant du secret des affaires. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre 20 jours entre la signature et la publication ?

- Leglob-journal : Mais il n’y a apparemment rien de secret dans cet arrêté ?

Pourquoi dans le recueil des actes administratifs de la Préfecture, on découvre en titre de l’arrêté ainsi libéllé, « AP fermeture urgence partielle Celia Craon-1  » ? […] Peut-être s’agit-il d’un titre donné par hasard par l’administration ! Et après, on s’épanche dans la presse pour dire que ce n’est pas une fermeture partielle. D’ailleurs dans cet arrêté, dans l’article 1, le mot « céréales » n’apparaît pas ; tout comme celui des solutés de réhydratation (donnés aux nourrissons qui sont malades de salmonellose) qui ont été retirés du marché fin décembre par Lactalis, parce que potentiellement contaminés. Fabriqués à Craon, c’est sûr ! Parce que tous les produits rappelés par Lactalis ont tous été produit dans l’usine de Craon en Mayenne ; ce n’est pas moi qui le dit, c’est Lactalis. Mais, question encore : le sont-ils avec le lait, avec les céréales ? Avec le fromage ? [Une unité de fabrication de Chaussées aux moines fonctionne toujours dans une partie de l’usine, NDLR] Je ne sais pas parce qu’ils n’en est pas fait mention dans l’arrêté préfectoral.

Leglob-journal : Ce silence, à différents échelons, vous inquiète ?

Ce qui est certain, c’est qu’il y a un silence assourdissant. Y compris de la part de la ministre de la Santé, sur un enjeu aussi important de santé publique, il est plus qu’assourdissant. J’ai fait une demande d’audience par courriers en recommandés auprès des trois ministres concernés vendredi 5 janvier, je n’ai eu aucune réponse... Et on a pas l’impression que cela intéresse les députés de la Nation ou les sénateurs, qui pourraient s’exprimer. Et donc là on ne peut que se dire que c’est en raison des enjeux économiques, et de ceux en terme d’image de la France ; car finalement, on est pas en train de parler d’un producteur de lait chinois ! [La chine avait connu un problème de contamination de lait infantile, NDLR]. On parle d’un des fleurons d’une certaine manière de l’industrie agroalimentaire française qui continue de faire des affaires d’ailleurs puisque Lactalis a racheté récemment une entreprise aux États-Unis.


- Leglob-journal : Vous avez interpellé Guillaume Garot, l’ancien ministre délégué à l’agroalimentaire ?

Non, je ne l’ai pas fait ! Mais ce n’est pas à moi d’interpeller comme vous dites les ministres, ni qui que ce soit d’ailleurs ! En revanche, ce que j’attends des personnes qui sont aux manettes ou qui ont eu des responsabilités à un moment donné, c’est qu’elles prennent leurs responsabilités jusqu’au bout. Et même s’il s’agit de sujets aussi difficiles avec des enjeux économiques, il faut qu’elles s’expriment. Y compris pour les familles qui ont des enfants à l’hôpital et qui sont, - comment dire ? - en colère et indignées.

Lire aussi : Lactalis : du lait infantile contaminé pour le marché France, et l’export

- Leglob-journal : Mais une enquête est en cours et ne faut-il pas laisser faire la justice ?

Oui, une enquête est en cours, mais il s’agit d’une enquête préliminaire, et vous le savez bien, une enquête préliminaire, elle peut être classée sans suite à n’importe quel moment... Ce n’est pas moi qui ai dit qu’il y avait une responsabilité de Lactalis au début, dans cette affaire, c’est bien l’État dans son communiqué initial […] À un moment, il va falloir qu’on arrête l’omerta, sur ce qui se passe dans cette usine, sur ce groupe, on voit bien qu’il y a une culture du secret ; on communique le moins possible ; la seule communication, c’est pour faire son image de marque dans la presse locale, ça oui, on sait le faire... par contre, quand il s’agit de publier une liste de lots potentiellement contaminés on sait moins ; nous avons été obligés, nous, de révéler la présence de cinq lots oubliés...

-Leglob-journal : Votre association veut simplement savoir ce qui s’est réellement passé ?

Oui...c’est pour cela qu’on a porté plainte et la justice doit faire son travail. C’est notre seul recours ! Je ne suis pas pour la théorie du complot, mais à un moment donné il va falloir qu’on nous explique pourquoi il y a des oublis ; pourquoi les choses ne sont pas faites dans les temps ; pourquoi on découvre des éléments dans cette affaire par le biais de journalistes qui font leur travail et pourquoi les familles ne sont pas informées. Vous savez, je suis président de l’Association des familles victimes du lait contaminé à la salmonelle...

- Leglob-journal : Oui et d’ailleurs le nom du groupe Lactalis n’apparaît pas dans l’intitulé de votre association...

Oui, parce que mon combat n’est pas contre Lactalis en soi. Je ne suis pas un militant de le première heure contre Lactalis, il y en a qui le sont, moi je ne le suis pas ! Je n’ai rien à reprocher initialement au groupe Lactalis, il s’avère que là ce sont eux qui ont sont à l’origine de ces produits contaminés, et donc l’adversaire, c’est eux ! Mais, cela aurait pu être n’importe quel fabriquant.

- Leglob-journal : Alors qu’est-ce que cela révèle, selon vous, cette affaire de lait contaminé ?

Notamment que les contrôles et les autocontrôles sont totalement inefficients. C’est pour cela qu’on a lancé une pétition sur la transparence des contrôles. La preuve de l’inefficacité a été faite dans cette usine de Craon : à deux reprises les contrôles n’ont pas permis que des enfants ne soient pas malades. C’est donc le système de contrôles et d’autocontrôles qui est mis en cause. Que ce soit chez Lactalis ou ailleurs.


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Quentin Guillemain : « Mon combat n’est pas contre Lactalis, en soi »

Publié le: 8 janvier 2018
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