Un an de présidence réformatrice, «et de droite, et de droite»

Le Président descendant l'avenue des Champs Élysées en command-car - AFP

BILAN – Un an après, le Président Emmanuel Macron est fort… fort de ses nombreuses fragilités. Comme souvent, il est plus facile de pointer les faiblesses, surtout lorsqu’elles sont criantes. Force est de constater que le sentiment qui se dégage de cet « an 1 » de pouvoir «jupitérien», où les réformes ont succédé aux réformes, c’est celui des Français qui portent à 55 % un regard «négatif, à très négatif» sur le bilan du chef de l’état*.

Par leglob-journal

Quelques temps après son accession, «par effraction» en mai 2017 à l’Élysée, qualifiée récemment de «casse du siècle» par une chaine-télé d’informations en continu, leglob-journal écrivait avant les élections législatives, analysant la constitution du nouvel exécutif « Un gouvernement qualifié de pluraliste, une posture régalienne et jupitérienne, et un Premier ministre préféré à droite, sans attendre le choix des urnes, ce qui est habile […] cela dit beaucoup de l’attache politique du président de la République. »

Calqué sur des schémas anciens, tutoyant l’alternance sans l’annoncer clairement, la politique menée, au final, n’a pas grand chose à voir avec le coté Nouveau monde annoncé. Et le «en même temps» du début se réduit à un positionnement unique. Si le candidat Macron était un peu plus à gauche, le Président Macron est clairement plus à droite.

De fait, l’impression demeure : le président est de plus en plus à droite, et même droit dans ses bottes. « La volonté de centre » du candidat Macron pour attirer l’électorat, s’est vite transformée au cours de l’exercice de ces douze mois de pouvoir en un déplacement du curseur vers la droite. Et le déséquilibre s’est creusé entre une France populaire qui le critique et une autre part du pays plus aisée et qui juge son action plus positive.

Aux oubliettes le « et gauche et droite » donc. Le glob-journal écrivait dans les cent jours après son élection : « Singulièrement avec le nouveau couple exécutif à la tête de la France, le Président et son Premier ministre, il s’agit surtout de faire avec l’offre oubliant la demande populaire. « Le Grand Mix » dans le cas de la France de gouvernement, c’est plutôt la juxtaposition, l’amalgame, la mise en évidence de personnalités fortement marquées à droite et un peu à gauche […] ». Constat de droitisation de la politique menée par une alternance qui n’a pas dit son nom. « Le phénomène Macron et son équation ni gauche ni droite a favorisé l’évincement des partis politiques dit classiques du jeu démocratique en les ringardisant.» «Un chamboule-tout politique», analysait leglob-journal pour ce qui allait devenir par la suite un véritable séisme politique.

« Incroyablement chanceux », voilà comment le Président juste élu était jugé à juste titre par Le New Statesman le magazine anglais de gauche qui finissait dans une analyse que beaucoup qualifient à présent de prémonitoire : « L’ambition d’Emmanuel Macron le mènera-t-il au désastre ?  » Car « le pays est toujours aussi divisé que par le passé. Seuls 20 millions d’électeurs ont pris part au vote sur les 47 millions que compte en fait le pays réel. » Depuis l’opposition à Emmanuel Macron, trustée par la France Insoumise, partage cette opinion.

Le journal anglais comparait l’«astucieux » jeune Président Emmanuel Macron, « fort comme un lion » et « rusé comme un renard » à Napoléon. « Celui qui passe pour le sauveur français  » écrivait Le New Statesman a certes déboulonner l’épouvantail Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, mais en laissant, dangereusement, plusieurs mois après son entrée à l’Élysée, le « Sentiment que l’élection de renouveau et d’espoir a bel et bien été confisquée aux Français  ».

Le «Président des riches », la formule colle à la peau d’Emmanuel Macron comme un sparadrap au bout du doigt. « Les grandes fortunes  analysait en Octobre 2017 le député PS de la Mayenne Guillaume Garot vont bénéficier du plus gros cadeau fiscal jamais obtenu depuis 30 ans. L’impôt sur les revenus du capital baisse et l’Impôt Sur la Fortune est quasiment supprimé : les actions, les yachts, les jets et même les lingots d’or n’y seront plus soumis ! Le Gouvernement indique qu’en réduisant la fiscalité des plus fortunés, il favorise l’investissement dans les entreprises : rien n’est moins sûr ! ».

A travers l’instauration des nouvelles lois Travail par exemple, Emmanuel Macron a souhaité s’intéresser au plus grand nombre. En un an plusieurs signaux ont été lancés dans ce sens. Celui qui a trait à l’amoindrissement de la représentation des salariés dans l’entreprise est éclairant. Il y aura maintenant qu’un salarié seul pour être à la fois Délégué du personnel, représentant de la Commission Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail, au lieu de plusieurs élus auparavant : « Dans les années 80, il avait été question avec les lois Auroux de légiférer pour donner à ceux qui travaillent plus de garantie et de liberté dans l’entreprise ; en 2017, il est surtout question d’en donner beaucoup plus aux entreprises, au nom de la possible et éventuelle réduction du chômage. » écrivait leglob-journal.

Les réformes menées tambour battant. « Maître des horloges  » et donc du temps, le Président a semblé décider pendant un long moment, tout auréolé de sa nouveauté sur l’échiquier politique français, en étant celui qui dictait le tempo. Emmanuel Macron a utilisé pleinement les pouvoirs que lui confèrent la constitution de la Ve République, et semble l’épouser même, comme si elle avait été « taillée » pour lui.

Lors de son premier voyage à l’étranger, leglob-journal écrivait avec d’autres médias que « Le Président en bon stratège choisit et, nouveauté, utilise tous les leviers de la communication politique en bon communiquant qu’il est. Il va même – bien que Élysée s’en soit défendue – jusqu’à vouloir renouveler les journalistes qui sont accrédités pour suivre ces déplacements à l’étranger. »

Mais où semble se cacher ce «Nouveau monde»? En octobre 2017, alors que leglob-journal donnait la parole à Farid dans une tribune ; cet ouvrier lavallois portait un regard circonstancier sur les six premiers mois de la Présidence Macron. « Le gouvernement vient de rater pouvait-on y lire le premier tournant dans l’ensemble des réformes dont notre pays a besoin, pour que celui-ci soit enfin celui des relations sociales matures, des actes politiques responsables et d’un engagement démocratique respecté.».

Dans un autre commentaire, un lecteur du glob-journal estimait pour sa part, ne pas être surpris de la direction dans laquelle le Pays allait, car «Macron à toujours été un libéral pro-européen, selon ce que l’on pouvait comprendre de sa trajectoire, des quelques textes qu’il avait défendu, de son programme… »

«La France doit être une chance pour tous», le slogan du candidat est-il déjà loin? Certains supporters inconditionnels sont entrés dans une période de doute. Depuis, les manifestations se succèdent. Cheminots, personnels des Ephad, retraités, enseignants, étudiants, etc. le printemps social est symptomatique d’un désamour entre l’exécutif et une grosse partie du peuple de France. Le 22 Mars 2018 par exemple, il y avait à Laval plus d’un millier de manifestants dans la rue pour la défense du service au public.

Résultats et conséquences d’un an de mandat de ce Président réformateur :« les mesures prises sont plus libérales-réductrices que sociales-épanouissantes pour le plus grand nombre de Français. » écrivait leglob-journal dans un éditorial. Et puis il y eut les 60 euros de réduction des APL, le prélèvement de 1,7% de CSG supplémentaire sur les retraites, la suppression de l’exil-taxe qui cible les contribuables, et plus particulièrement les entrepreneurs tentés par l’exil fiscal, la fragilisation de la loi de séparation des Églises et de l’État… Autant de signaux supplémentaires lancés aux Français qui ne sont plus certains que les réformes entreprises soient effectivement menées pour le bien de tous.


* Sondage Cefipov Ipsos-Stéria effectué par internet du 25 avril au 2 mai, sur un échantillon de 13540 personnes inscrites sur les listes électorales et représentatives de la popultion française âgée de plus de 18 ans.

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