Sur leglob-journal, les premières pages du premier roman de Michel Ferron

« La « gazelle » était repartie vers d’autres savanes, laissant le « vieil ours » regagner lourdement sa tanière … » Le viel ours, l’antilope et la gazelle (Ed. Sydney Laurent) voilà le titre s’inspirant d’une fable qu’a choisi l’auteur pour son premier roman. S’agit-il d’ un roman sur l’«intergénérationnel » ? questionne la dernière de couverture du livre que vient de publier notre contributeur. Manifestement oui, c’est « un récit imprégné du débat de société sur les rapports entre les générations. ». Tout en douceur. Et de façon positive. 

L’histoire, c’est celle de Jacques, Christine et Lénaïck,  les trois personnages principaux de ce roman qui incarnent finalement « notre condition humaine. » Un médecin et sa femme, – tous deux, par choix, dans deux maisons de retraite différentes  – , et une jeune journaliste qui a déjà côtoyé la mort. En début d’ouvrage, Michel Ferron dédie ce livre jubilatoire : « Aux anciens jeunes et futurs vieux, entraînés dans la chaîne sans fin des générations ». Les trois premières pages du tout nouveau roman de Michel Ferron sont à découvrir sur leglob-journal 


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Résidence des « Ajoncs d’or », un dimanche matin d’octobre

Pourra-t-elle venir par ce temps ? Ainsi s’interrogeait, en ce début de matinée d’un dimanche d’octobre, Jacques Laurent, pensionnaire des «Ajoncs d’or », résidence pour personnes âgées, située près de Bénodet.

Le vent s’était levé dans la nuit avant de se gonfler en fortes rafales qui n’étaient pas retombées depuis. Dans cette région du littoral breton, le phénomène était courant et accepté par tous, autochtones et touristes, qui s’en accommodaient sans peine. Ce dimanche-là pourtant, le déchaînement des éléments naturels semblait particulièrement contrarier Jacques.

Il avait rendez-vous, en effet, une nouvelle fois, avec sa petite-fille Lénaïck qui, après une longue absence, avait surgi comme à l’accoutumée, tel un lutin bondissant, au détour d’un appel téléphonique lui annonçant sa visite. Il s’était réjoui de la nouvelle qui depuis quelques jours le remplissait d’impatience et d’excitation.

Condamné depuis plusieurs mois à cette réclusion dans la résidence-services qu’il avait choisie pour son dernier parcours, il puisait dans chacune de ces visites un sursaut d’énergie et de vitalité.

Ancien médecin généraliste de la banlieue rennaise, il avait dû se résigner peu à peu à cet exil après avoir installé dans un autre établissement voisin de la région, sa femme Christine,ancienne infirmière-anesthésiste âgée de 75 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Tous les deux, rompus à l’observation clinique de toutes sortes de pathologies, avaient assisté ensemble à la progression inexorable de la maladie qui menaçait la complicité de leur vieux couple.

Ne pouvant plus cohabiter dans leur demeure cossue du centre de Rennes, ils avaient décidé d’un commun accord de s’installer dans deux résidences séparées, distantes d’une trentaine de kilomètres. Cette nouvelle existence leur était apparue comme le seul mode de vie capable de les aider à éviter la lente dislocation qui ne manquerait pas de gangréner leur vie quotidienne.

Comme toujours, ce tournant décisif avait été négocié avec la même approche rationnelle qui inspirait chacune de leurs décisions importantes. Le choix de la séparation avait été compensé par l’organisation de rencontres régulières permettant aux deux conjoints de se retrouver une fois par semaine.

De plus en plus absente et désorientée sous les effets de son handicap, Christine sombrait progressivement dans un état léthargique, d’où elle émergeait de temps à autre avec des assauts de conscience lui permettant de renouer avec le monde extérieur. Jacques, quant à lui, jouissait d’une relative bonne santé pour un homme de 78 ans. 

Profondément impliqué au service des patients de son cabinet médical, il n’avait guère laissé de temps pour les diagnostics le concernant.

Un moment tenté de continuer à vivre seul dans la maison familiale, il avait finalement décidé d’expérimenter, lui aussi,le déracinement d’une installation dans une résidence appropriée. Il s’était cru capable de surmonter cette rupture, grâce à sa faculté d’adaptation à tous les changements (du moins, le croyait-il …).

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Pourtant, six mois après son arrivée, il n’avait toujours pas franchi le cap d’une acclimatation sereine, en raison des multiples contrariétés qu’il avait sous-estimées dans la gestion de sa nouvelle vie quotidienne. (…)


Michel Ferron est l’auteur de deux précédents ouvrages : Les champs de l’oubli (Edition Siloé, 2008), récit d’autofiction enraciné dans sa précédente activité de professeur de lettres. Au pays des «vraies gens », carnets d’un «cantonnier » départemental (Imprimerie Guillotte, 2014), témoignage personnel sur son engagement d’élu local, au titre d’ancien Conseiller général de la Mayenne.  


Michel Ferron lors d’une séance de dédicaces, le 12 décembre dernier 
à Laval – © leglob-journal
 

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