Risperdal est un neuroleptique – Image Passeport Médicaments Santé – illustration leglob-journal.fr
La santé mentale est devenue une priorité de grande cause en 2025. Elle concerne chacun d’entre nous. Dans notre société moderne, les troubles psychiques (bipolarité, dépression, troubles obsessionnels compulsifs (Toc), schizophrénie, etc.) sont de plus en plus identifiés, mais leur prise en charge reste souvent insuffisante et stigmatisante. Parmi les défis majeurs, l’utilisation des antipsychotiques soulève des questions cruciales. – Opinions
Par Jean-Bernard Brière

Ceci est un appel urgent à un meilleur accompagnement, parce que les médicaments, la prise d’un comprimé, bien que nécessaires pour stabiliser certains troubles, entraînent des effets secondaires lourds qui altèrent la qualité de vie des patients et de leurs proches.
Vivre aux côtés d’un proche souffrant de troubles psychiques et sous antipsychotiques, c’est une épreuve de chaque instant. Loin des stéréotypes et des jugements hâtifs, nous, familles et aidants sommes les témoins des réalités souvent invisibles de ces maladies.
Paul, 46 ans sous Dispersal, contre la schizophrénie, et sertraline et somnifère, depuis 25 ans, a pris 40 kilos, ce qui a eu des conséquences, un taux de cholestérol élevé et un risque de diabète de type 2.
Autre exemple en Mayenne, Odette est sous l’empire du Lithium qui est un régulateur de l’humeur et de la quétiapine, un antipsychotique atypique. A force de prescriptions, elle a développé une dyskinésie, c’est-à-dire des mouvements incontrôlés de la bouche.
Mais au-delà de la souffrance psychique elle-même, un autre combat s’impose : celui des traitements médicamenteux, et plus précisément des antipsychotiques. Bien qu’ils puissent être nécessaires pour stabiliser certains troubles, ils entraînent aussi de lourdes conséquences, notamment une stigmatisation liée à la prise de poids et des effets secondaires qui altèrent la qualité de vie.
Les effets secondaires sont comme une double peine. Les antipsychotiques sont souvent présentés comme une solution incontournable pour gérer les troubles psychiques sévères. Pourtant, ces traitements s’accompagnent d’une liste d’effets secondaires accablante : prise de poids excessive, on l’a vu avec l’exemple de Paul, troubles métaboliques, fatigue constante, rigidité musculaire, tremblements… Autant de symptômes qui, au lieu d’améliorer la qualité de vie, compliquent le quotidien des patients et de leurs proches.
Nos proches luttent au quotidien contre ces effets secondaires, cherchant un équilibre entre soulagement des symptômes et souffrance physique. Des études ont montré que les patients sous antipsychotiques ont une durée de vie réduite de 10 à 20 ans en moyenne, en raison de complications de santé associées aux traitements. Cette réalité pose une question essentielle : comment améliorer leur prise en charge pour limiter ces conséquences ?

Une accumulation de médicaments – Illustration Pexels pour Pixabay
Car la prise en charge est insuffisante et inadaptée. Malgré ces constats alarmants, le suivi médical reste souvent insuffisant. Trop souvent hélas, les prescriptions sont faites sans accompagnement adéquat dans la gestion de ces effets secondaires. Les consultations de suivi sont rares, l’accès aux soins spécialisés est limité, et les alternatives thérapeutiques (psychothérapies, changements de mode de vie, accompagnements personnalisés) sont sous-exploitées, faute de moyens et de reconnaissance institutionnelle.
Les proches deviennent alors les seuls garants du bien-être du patient, mais sans soutien ni formation adéquate. La charge émotionnelle et physique devient alors écrasante, bien que des solutions existent pour améliorer cette situation.
Il y a en effet des alternatives à explorer davantage. Outre les traitements médicamenteux, d’autres approches pourraient être mises en avant pour une prise en charge plus équilibrée, comme les thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Reconnues pour leur efficacité dans la gestion des troubles psychiques, elles restent encore trop peu accessibles.
Comme l’accompagnement nutritionnel et physique car une prise en charge diététique et la promotion d’une activité physique adaptée pourraient réduire certains effets secondaires des antipsychotiques. Ou bien les approches psychosociales qui consistent à intégrer davantage les patients dans des programmes de réinsertion, d’éducation thérapeutique et de soutien communautaire améliorerait leur qualité de vie.

Jean-Bernard Brière – Nos proches et les souffrants […] méritent une société qui ne les relègue pas à l’ombre des hôpitaux et des prescriptions automatiques. »
Nous en appelons aux instances publiques, il y a des mesures urgentes à prendre. Face à cette réalité, il est impératif que les instances publiques prennent leurs responsabilités. Nous demandons donc et la liste est longue :
- Un suivi médical renforcé : plus de consultations de contrôle, un accompagnement personnalisé et une prise en charge adaptée des effets secondaires.
- Un accès facilité aux alternatives thérapeutiques : intégrer davantage la psychothérapie, l’éducation thérapeutique et les approches complémentaires dans la prise en charge des troubles psychiques.
- Un meilleur soutien aux aidants : formations, groupes de parole, aides financières… Il est temps de reconnaître le rôle fondamental des familles et de leur donner les moyens d’aider dignement leurs proches.
- Une recherche accrue sur les traitements : développer des alternatives médicamenteuses aux antipsychotiques actuels, avec moins d’effets secondaires et un impact moindre sur la durée de vie.
- Une inspiration des bonnes pratiques internationales : certains pays mettent en place des politiques de soins plus adaptées, pourquoi ne pas s’en inspirer ?
Mais ne restons pas silencieux !
Nos proches et les souffrants méritent mieux. Ils méritent un traitement qui améliore leur qualité de vie sans les exposer à des souffrances inutiles. Ils méritent une société qui ne les relègue pas à l’ombre des hôpitaux et des prescriptions automatiques. Nous refusons que la prise en charge des troubles psychiques se limite à un comprimé aux conséquences lourdes.
Il est temps d’agir. Il est temps d’écouter. Il est temps d’offrir à ceux qui souffrent la dignité et l’accompagnement qu’ils méritent… ⬛
*Jean-Bernard Brière est bénévole à l’UNAFAM, l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques.
