Un autre regard politique sur le 11 novembre – Par Abdel Hadouby

le monument aux morts dans les villages pour commémorer la mémoire des soldats tombés pendant les deux guerres mondiales - image leglob-journal.fr

Par Abdel Hadouby


La guerre, c’est le mal absolu. La guerre n’est pas une fatalité. La paix n’est pas non plus un état de nature, mais bien une construction politique dont les conditions doivent être réunies pour qu’elles puissent être durables.


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Nous avons trois mots (Histoire, célébration et commémoration) qu’il convient de clarifier pour leur donner un sens en cette occasion. La vraie histoire nous retrace des faits corroborés par des évidences indiscutables, cela nous donne une vision claire et enrichit notre culture, bien que parfois certains la déguisent. Quant à la commémoration, elle consiste à rappeler les éléments de l’histoire vérifiés et les mettre en corrélation avec les éléments du présent pour se rappeler : c’est donc une cérémonie à la mémoire d’une ou plusieurs personnes ou le souvenir d’un événement. Ce qui est différent de la célébration, car celle-ci consiste à fêter l’événement pour dire que s’il arrive un équivalent de nos jours, on ferait exactement pareil.

Pour commencer ce point de vue politique sur la guerre 14-18, il faut se replonger dans la période qui l’a précédée. De l’histoire, on voit apparaitre lors de ce congrès socialiste à Bâle en novembre 1912, des divergences de vue entre certains socialistes. C’était le débat entre les opposants à la guerre et ceux qui expliquaient pourquoi elle pouvait avoir lieu. Certains affirmaient qu’elle pourrait avoir des potentialités révolutionnaires, comme le défendait Auguste Babel socialiste allemand. Ce à quoi, Jean Jaurès opposait que s’il y avait un potentiel de fin de capitalisme, il n’en demeure pas moins qu’il y avait une conséquence : la barbarie et l’inoculation dans les mentalités qu’il n y a que la guerre pour régler les conflits, alors que sur le chemin de la démocratie, la discussion et la diplomatie, serait ce qu’il faut paver.

Toujours grâce aux archives de l’histoire, on sait que quelques jours avant la guerre, il y avait eu dans les rues des manifestations rassemblant jusqu’au tiers de la population. Les drapeaux rouges étaient de sortie pour dire “non à la guerre”, répondant à l’appel de Jean Jaurès en Juillet 1914. C’était l’appel à la guerre contre la guerre. Mais la répression s’ensuivit… C’est ainsi qu’en 1914, il a été fusillé le plus de mutins. Demandons-nous pourquoi ? Alors qu’ils ne sont ni traîtres ni lâches, et qu’ils sont juste des défenseurs de la paix juste et durable…

On aurait pu empêcher cette guerre si les grèves générales n’avaient pas été rayées de l’agenda des socio-démocrates allemands, et s’ils n’avaient pas voté les crédits de guerre. Des millions de personnes n’avaient aucunement l’envie d’aller se faire tuer, aussi bien en France qu’en Europe. Quelques jours avant, il y avait des millions de personnes de part et d’autre du Rhin qui manifestaient contre la guerre. Je ne nie pas qu’il y avait une frange de gens qui partaient la “fleur au fusil”, comme ceux qui ont voté les crédits de guerre et leur partisans qui se sont affichés après l’assassinat de Jean Jaurès. A cet instant où j’évoque ce professeur de philosophie qui devint député, il me serait ingrat de ne pas citer une de ses phrases : “le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage”. Et je tiens à le rappeler ici, car les manuels scolaires n’en font pas mention, l’assassin de Jean Jaurès, Raoul Villain, à été acquitté, et c’est la veuve de Jean Jaurès qui a payé les frais de justice…

Et pour le remémorer à ceux qui veulent réhabiliter le traître Pétain, à l’époque, il n’était que général et il a fait fusiller 4500 mutins. Ces mutins que je qualifierais d’insoumis de la première heure, puisqu’ils refusaient d’être des hommes soumis à la continuation de la guerre, vaille que vaille. Je ne peux m’empêcher de rappeler aussi et de bien souligner que celui qui fut reconnu comme “le traître de la nation”, Pétain, n’est plus maréchal de France parce qu’il a été dégradé ; qu’on se le répète et qu’on corrige quiconque lui donne encore ce titre actuellement. Bien entendu il a été condamné à l’indignation nationale.

Il ne faut pas que la joie de la victoire en 1918, la satisfaction de voir “l’Alsace et la Lorraine rejoindre la mère patrie”, enfouissent le souvenir de 14-18 marqué par l’obéissance, et par ceux qui osant désobéir furent fusillés. A ceux qui célèbrent uniquement en ce jour du 11 novembre la victoire contre le Kaizer.


Une boucherie


Ici je veux leur parler de la commémoration, rappeler à nos souvenirs cet épouvantable massacre. 18 millions de personnes sont mortes dont plus de 1,5 millions en France. Dans cet esprit de commémoration, il y a dans des villages des monuments sur lesquels il est inscrit “maudite soit la guerre” comme dans cette commune de la Creuse à Gentioux-Pigerolles (cf la photo ci-dessous) ou bien à Bayonne où on a inscrit sur le monument aux morts : “mort pour des prunes” à la place de “morts pour la patrie”.


"Maudite soit la guerre", peut-on lire sur ce monument aux morts dans le centre de la France, un des rares à dire tout haut, finalement, ce que tout le monde pense...
« Maudite soit la guerre« , peut-on lire sur ce monument aux morts dans le centre de la France, un des rares à dire tout haut, finalement, ce que tout le monde pense… – Collection privée

Quand on parle de commémoration, il est donc un sujet qui me tient à cœur, celui des fusillés. J’ai vu ici et là que certains disaient qu’il faut l’aborder avec un sentiment douloureux et avec modération.

Alors je leur demande : mais pour qui cette question est-elle douloureuse ? Parce que nous ne savons pas pourquoi ces hommes ont été fusillés pour l’exemple ? Par quel tribunal ? Pour quelles évidences ? En toute circonstances, il faut récuser les tribunaux spéciaux et à plus forte raison quand ils sont collégiale, avec trois officiers instruisant à charge et sans défense.

Cette abominable guerre n’est pas tombée du ciel, ou comme certains pseudo philosophes veulent le faire croire qu’elle est le fruit de la folie humaine. Pas du tout ! Ce sont donc les contradictions d’intérêts des pays qui ne sont pas les contradictions des intérêts des peuples qui sont a l’origine de ce conflit.

Vous l’avez compris, ce sont les contradictions des intérêts des capitalistes du complexe militaro-industriel qui ont poussé à l’affrontement. Un conflit entre le capitalisme allemand et le capitalisme français, soutenus par leurs succursales dans le monde entier. De ce fait, un incident à un bout de la chaîne déclenche le feu partout ailleurs. Un attentat à Sarajevo allait mettre le feu aux poudres. C’est notre lot : la mondialisation.


« La paix et le retour des hommes »


L’acte d’opposition, le plus significatif, à cette guerre fût la manifestation de février 1917 puis celle d’octobre 1917. Oui, c’étaient majoritairement des femmes dans les rues. On ne leur rend pas suffisamment hommage et reconnaissance pour leur acte héroïque et humanitaire. Elles avaient défilé pendant trois jours, contre l’avis des partis politiques. Leurs revendications étaient la paix, le retour des hommes et que la tuerie cesse. Pour moi ce sont les dates d’opposition à la guerre qu’on devrait commémorer. Bien sur, il faut rendre hommage à tous ces soldats qui ont payé de leur vie les conséquences de ce capitalisme militaro-industriel, qui n’a de pitié que pour son porte monnaie. Rappeler qu’il y a eu aussi cette résistance massive des soldats qui ne sont ni traîtres ni lâches, mais qui comprenaient que cette tuerie n’avait plus aucun objet, pour autant qu’elle n’en ait eu un. Et c’est ainsi que, de mois en mois, on voyait des scènes de fraternisations entre soldats allemands et français, comme en témoigne ce Noël de 1917 ou le partage de ce puits entre les deux camps. Des actes qui malheureusement ont été réprimés par les états majors.

Pour moi, la vraie leçon de la commémoration, c’est : la guerre n’est pas fatale, la guerre est aussi un résultat politique. Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire, entre 1816 et 1929 il y a eu pas moins de quatorze crises. Voilà ce que le capitalisme effréné a amené, des crise, et des crise jusqu’à cette Première guerre mondiale qui a impliqué pas moins de cinquante-six états… Et il n’y avait pas que l’Europe.

Le capitalisme de cette époque est différent de celui de la nôtre, mais il y a toutefois des traits similaires. D’abord, il n’a cessé d’engendrer du chaos, dont l’intensité est forte et avec des cycles de plus en plus rapprochés. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder le niveau des échanges mondiaux des marchandises en 1913, il n’a été récupéré qu’en 1970. C’est vous dire à quel point, avant la guerre, se menaient les batailles économiques du capitalisme allemand, anglais et français (pour ne citer que ceux-là). De nos jours, certains libéraux et chefs d’État déclarent ici et là : “…ce ne sont plus des compétitions militaires, mais des guerres économiques”, et en même temps depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ils relancent la course à l’armement après avoir mener la guerre économique.

Préparent-ils la guerre ou la paix ? Dans quelle mesure peut-on croire une seule seconde que la paix est leur préoccupation ? J’en veux pour preuve la venue pour ce centenaire en 2018 du « Forum sur la paix », de la fine fleur des autocrates, dictateurs et criminels de guerre mondiaux dont Donald Trump, Vladimir Poutine, Erdogan ou encore le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou… Une vaste supercherie !

Qu’on accepte ou pas l’idée que ce sont des guerres d’intérêts, ce qui nous importe, c’est que fait-on pour préparer la paix ? La question qui nous est posée est celle du choix politique. D’un côté l’option de la compétition entre les personnes, entre les nations, et de l’autre, la solidarité et la coopération entre les peuples. Ce sont deux modèles politiques différents.

Les situations politiques et sociales poussent les gouvernants à entretenir le climat de la division et de l’alimentation du conflit sur base du nationalisme grimpant qui n’entraîne que des rapports de violence. C’est ce que nous avons sous les yeux aujourd’hui, partout en Europe. Cette Europe qui par ses règles économiques oppose tout le monde à tout le monde ; c’est une guerre économique basée sur le dumping social avec l’idée qui fait son chemin que l’ennemi est l’autre, celui qui coûte le moins cher, celui qui prend votre pain.

En conclusion, je ne peux résister à citer cette phrase : “l’encre de Mein Kampf a été puisée dans l’encrier du Traité de Versailles”. Elle résume le fait que le sort fait à l’Allemagne à l’armistice en 1918 induisait quasi mécaniquement le déclenchement d’un nouveau conflit mondial sur le partage du monde.

On peut craindre que l’exacerbation de la crise du capitalisme, en poussant à l’extrême la concurrence entre les États, nous fasse entrer dans une époque encore plus dangereuse que par le passé. L’alternative reste “socialisme ou barbarie”. Le capitalisme a du sang sur les mains, si nous devions faire son procès en tant qu’idée, ce serait interminable… Alors gageons que le capitalisme soit combattu dans nos actes de tous les jours.

Maudit soit la guerre… Maudit soit le capitalisme. ⬛


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