| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Par Michel Ferron - Avant de se positionner, en tant que citoyen, sur l’opportunité d’une candidature du président de la République, nous sommes en droit de nous interroger sur l’exemplarité et le caractère insolite de sa situation de bouc-émissaire d’une véritable mauvaise conscience nationale. Jamais aucun chef d’État n’a cristallisé sur sa personne et son action autant de ressentiments, nourris par un flot de désillusions réelles mais aussi de rancœurs irrationnelles.

- Par Michel Ferron

e dernier et triste épisode d’un livre de confidences auxquelles il s’est malencontreusement prêté et dont la parution précipitée a dévoilé des propos soigneusement décontextualisés a semé le trouble jusque dans son propre camp. Ainsi, jusqu’au terme de son mandat, François Hollande n’aura pu échapper à son destin, au-delà de sa posture de garant constitutionnel, de devoir incarner un peu plus chaque jour le « déclin  » et l’« échec  » de l’action gouvernementale.

A vrai dire, l’actuel locataire de l’Élysée n’a pas eu besoin de commettre des erreurs - et il en a commis - ni de tenir des propos maladroits - et il en a tenu - pour essuyer une avalanche de critiques : dès son entrée en fonction, il a peu à peu perdu de sa légitimité, aux yeux d’une droite revancharde, certes, mais aussi pour une partie de l’opinion, gangrenée par le discrédit dans lequel a sombré l’ensemble de la classe politique, permettant au Front National de prospérer sur les tendances les plus néfastes des Français sans s’embarrasser de la moindre crédibilité.

Quatre années se sont écoulées depuis

Une conjuration de procureurs

L’arrivée de François Mitterrand en 1981 s’était produite dans un tout autre contexte : il y avait alors une vraie attente et un vrai désir de « Gauche  » (absente des institutions depuis pratiquement le Front Populaire, si l’on excepte de brèves parenthèses PC + SFIO sous la IVe République). Globalement, les rouages de la vie démocratique fonctionnaient dans une société qui ne disposait pas encore des réseaux sociaux de communication, créant l’illusion d’un vaste forum participatif alors qu’ils sont bien souvent de simples instruments de décervelage.

Pour instruire le procès en diabolisation du Président, une conjuration de procureurs de tous bords s’active à rédiger un acte d’accusation sans nuances : incompétence, indignité, trahison, mépris hautain des plus démunis. La violence de certains réquisitoires, orchestrée par un lynchage médiatique sans précédent, peut s’apparenter aux campagnes d’exorcismes menées sous l’Inquisition, avant que ne soit dressé le bûcher de l’expiation. « Oui, Hollande est coupable de tous nos maux…Oui, Hollande doit payer pour la France et être brûlé en place publique ! »

Certains justifieront cette comparution devant le tribunal d’une opinion publique désorientée en s’appuyant sur les nombreuses défaillances de méthode dans l’exercice du pouvoir : communication sans cesse recadrée après de multiples cafouillages, marques d’improvisation dans le pilotage des réformes, fissures et replâtrages successifs des équipes gouvernementales.

Excès d’opprobre

Davantage encore, sur le fond, les déceptions ressenties devant l’instauration du changement annoncé suffiraient à accréditer la sévérité d’un verdict sans appel. Ainsi, en privilégiant, dès son arrivée, la réforme sociétale du mariage pour tous qui a divisé les Français, le nouveau pouvoir a pris le risque d’apparaître en décalage avec d’autres priorités sur le terrain de l’égalité et de la justice sociales.

Dans la liste des renoncements incriminés, est stigmatisé en premier l’échec sur le plan économique, en raison de l’incapacité – propre à tous les gouvernements, de gauche comme de droite – à infléchir la courbe du chômage (à laquelle François Hollande a commis l’erreur de lier la poursuite de son engagement, succombant à son tour à la culpabilisation inspirée par les rituelles incantations éternellement impuissantes sur ce sujet). Tout cela mérite-t-il pour autant cet excès d’opprobre à l’encontre de la personne du chef de l’État ?

«  Non, le peuple n’a pas toujours raison ! » s’exclamait courageusement Dany Cohn-Bendit, il y a quelques mois, sur une radio nationale, affirmant, en substance, que la pertinence d’une expression démocratique ne se mesurait pas forcément à son adéquation avec le sentiment populaire (« la démocratie, c’est pas toujours quand j’ai raison !  »).

Il serait vain, par conséquent, dans le cadre de la présente analyse, de se lancer dans un plaidoyer partisan appuyé de contre-arguments relevant d’un autre débat, qui prendra toute sa place au sein de la campagne électorale.

Un Hollande-bashing injustifié

Tout au plus pourrait-on risquer quelques modestes remarques sur le degré d’amnésie et de mauvaise foi faisant l’impasse sur l’état du pays à la fin du précédent quinquennat (fonction publique sinistrée, notamment dans le secteur éducatif, cadeaux fiscaux pour les plus riches, abandon des politiques de solidarité, etc. )

On pourrait convoquer à la barre : la réduction de la dette publique, la mise en place des comptes personnels d’activité et de formation, la création de 60 000 emplois dans l’Éducation Nationale.

On pourrait aussi saluer la force du sentiment d’unité nationale incarnée avec dignité et conviction par François Hollande face aux crimes du terrorisme.

Sur le plan international – dimension bien secondaire, il est vrai, dans le cadre d’un scrutin hexagonal – qui pourra contester la fermeté du chef de l’État sur de nombreuses questions sensibles : intransigeance sur la liquidation du contentieux créé par le Brexit, affirmation d’une vision singulière de l’Europe au sein du couple franco-allemand, défiance à l’égard de Poutine engagé aux côtés de Bachar-el-Assad ?

Enfin, dans le cadre de la crise des migrants, la « réussite  » globale du démantèlement de la « jungle  » de Calais, réclamée à grands cris par l’opinion publique, ne sera pas même portée au crédit de l’actuel gouvernement, qui l’a conduite avec humanité et responsabilité (avec, sur le terrain, l’action diligente de Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais, qui avait déjà su imprimer sa marque lors sa présence en Mayenne.)

Pathologies politiques

On l’aura compris, rien n’y fera : Hollande doit partir ! pour laisser la place à tous ceux qui, se parant soudainement d’une virginité candide, sauront « restaurer l’image de la France », selon une mission héritée de la pensée unique du déclinisme (subtilement analysée par Alain Duhamel dans son dernier livre Les pathologies politiques françaises, éd. Plon).

Dans ces conditions, persister à défendre Hollande ne manquera pas d’apparaître comme une entreprise désespérée. Et pourtant, il ne s’agit pas tant de réhabiliter une personnalité politique conspuée et vilipendée de tous côtés, que d’exiger d’abord le retour à l’authenticité d’un débat politique, de plus en plus vide de sens.

Réduites le plus souvent à la vision manichéenne d’une trahison des peuples par les « élites  », les alternatives les plus séduisantes sont alimentées par le populisme hystérique des pourfendeurs d’un « système », devenu l’exutoire d’une colère haineuse qui peut finir par l’emporter (voir l’imposture de la victoire de Donald Trump aux USA).

Plus que jamais, au contraire, doit être réaffirmée la noblesse de l’engagement politique, y compris dans sa dimension partisane, autour de priorités et de valeurs clairement identifiables.

Rassembler les forces de Gauche

C’est pourquoi, dans l’immédiat, pourvu d’une incontestable légitimité constitutionnelle, un président de la République en exercice doit trouver sa place dans le déroulement des primaires de la Gauche : sa présence constituant déjà en soi une situation inédite, son absence apparaîtrait encore plus incongrue, réduisant cette pré-consultation du peuple de gauche à une simple juxtaposition d’ambitions individuelles, dépourvue des enjeux collectifs essentiels.

Homme de courage, François Hollande doit pouvoir être en situation, en tant que Président sortant, même impopulaire, d’assumer une campagne de vérité sur son bilan. L’honneur de notre démocratie et la dignité de sa fonction de Président élu lui commandent, par-delà les rafales de sondages mortifères, d’être candidat, afin de tenter de créer un nouveau rassemblement des forces de Gauche.

Michel Ferron, ancien conseiller général de la Mayenne, militant du Parti Socialiste.


2 commentaires
  • F. Hollande victime expiatoire d’une conjuration nationale ? peut-être, peut-être ... Mais ses électeurs - que ce soit à la primaire ou aux 2 tours de la présidentielle - ne sont-ils pas devenus des victimes d’un programme non tenu ? "l’ennemi, c’est la finance" disait-il. Ah bon, M. Hollande : quel a été votre combat sur ce sujet ?

    Le candidat de 2012 représentait une certaine idée de la gauche. Le président de la République ne s’y est pas longtemps accroché. F. Hollande est effectivement une victime expiatoire mais pas d’une conjuration nationale. Il est la victime expiatoire d’un PS qui se croit encore de gauche. A gauche oui, mais uniquement sur les bancs de l’assemblée.

    Comment voulez-vous qu’un candidat qui portait les espoirs d’un tas de personnes (les politiques de métier disent : le peuple) qui en avaient marre du bling bling, qui en avaient marre des mesures pour les amis (riches si possible), qui en avaient marre de ne pas être écoutées, entendues et qui pensaient avoir trouvé une personne qui allait - non pas tenir ses promesses- depuis le temps qu’il n’y a pas un candidat qui le fasse- mais au moins adoucir leur vie de travailleur, d’imposable, de payeur, de ..., soit encore crédible aujourd’hui à part aux yeux de certains de ses aficionados ? Las ! pas de défense du service public, pas d’opposition à une Europe technocratique, (c’est possible, les Wallons l’ont fait), pas d’amélioration de mon salaire, de mon niveau de vie, mais une augmentation des impôts (et pourquoi pas ? à condition que ce soit pour tout le monde) mais une acceptation de ce qui est, de ce qui doit se faire, de ... Pas de projet de gouvernement qui pense un peu aux démunis ou qui se démarque de la bienpensance économique, politique. Bienpensances en autoregénération qui commencent enfin à être remises en cause par certains sociologues, économistes.

    François Hollande victime expiatoire ? président décevant c’est sur. j’ai toujours voté à gauche mais là c’est fini et pour longtemps.

    Répondre

  • François Hollande, victime expiatoire d’une conjuration nationale 14 novembre 2016 18:41, par marrie de Laval

    Où voyez-vous des "rancœurs irrationnelles. " dans ces exemples :
    - avoir convoquer un congrès sur la déchéance de nationalité entrainant une inégalité des nationaux
    - mettre en place le CICE sans contre-partie chiffrée ou mesurable hors finance
    - manque de pugnacité dans la renégociation des traités de l’Europe
    - manque de compréhension du dossier "dérégulation du monde financier"
    - absence de réforme fiscale pertinente

    Et je vais au plus court.

    Répondre

Réagir

François Hollande, victime expiatoire d’une conjuration nationale

Publié le: 12 novembre 2016
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-société
Regard Politique Gauche Tribune Libre
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS