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SDF, trois lettres qui sont entrées dans le paysage français. On ne compte plus les toiles de tente en région parisienne et dans les grandes villes. Un abri de fortune, pour une population qui n’en a pas. Il y a ceux aussi qui ne veulent pas d’hébergement et depuis peu les « migrants » pour qui les lendemains déchantent. Mais les villes moyennes sont de plus en plus concernées aussi.

Par Thomas H.

Hervé vit dans sa toile. Malgré le froid et le mauvais temps. Il a été artisan-boulanger pendant 16 ans à Flers dans l’Orne. Depuis son divorce, il est SDF à Laval. Et au RSA. 540 euros par mois. «  Vous savez, j’étais à mon compte, mon propre patron... et n’importe qui peut tomber », dit-il.

Sa tente est à quelques mètres des conteneurs. On y vient jeter ses déchets.« C’est la police qui m’a dit de venir m’installer ici. Avant, je dormais près de l’église d’Avesnières, et je pense que ça ne plaisait pas...alors la police est venue... ».

Combien de SDF en France ? Les dernières statistiques datent d’il y a cinq ans. L’Insee, selon ses critères, dénombrait 141 500 personnes « sans domicile » en 2013. L’association Revivre qui leur vient en aide et la personne que j’ai au bout du fil comptabilise : « Je dirais une vingtaine de SDF sur Laval ». Elle me raconte que « parfois il y a des gens qui appellent le 115 pour nous dire qu’il y a des tentes sur Laval...Nous, nous faisons tout pour aider ces personnes et souvent, il ne veulent pas aller en hébergement d’urgence, alors on apporte des couvertures supplémentaires contre le froid et de la nourriture pour qu’ils tiennent le coup...C’était le cas, lors du grand froid pour la personne dont vous me parlez... »

Les leviers pour agir

"La gestion" de ces « populations » ne serait pas parfois d’une grande clarté, du moins si l’on en croit ce que nous dit ce bénévole : « Officiellement, on veut bien dire que l’on fait ce qu’il faut, mais officieusement quand on gratte, c’est un peu différent. » Concrètement ? « Ben, il est parfois compliqué d’installer par exemple une camionnette en centre-ville pour les Restos du cœur, mais c’est vrai aussi à la gare... » raconte cet homme.

La maison d’Hervé à coté des conteneurs à déchets verts

On aimerait donc pas trop les SDF. Peut-être parce que globalement cela renvoie une image qui dérange et que cela montre par exemple aux décideurs, à ceux qui ont les leviers nécessaires pour agir, leurs parts de responsabilité. Sans parler du sentiment de culpabilité. Mais il faut dire aussi qu’avec leurs nombreux chiens, les SDF dénotent parfois dans le paysage urbain. « La misère, on aime pas bien la voir ; mais bon... ils ne sont pas tous toujours très clean, avec casiers judiciaires ou addiction à l’alcool... » ajoute l’interlocuteur.

Les maraudes, le soir, c’est le moment où le dialogue peut se nouer entre le SDF et l’association qui vient en aide à ceux qui sont dans la rue, sous un porche, ou une toile de tente. Hervé raconte justement qu’il en profite entre guillemets, car ça lui met certainement un peu de baume au cœur. Il attend « ceux qui passent. Je mange avec les maraudes, une soupe ou autre... et puis je vais souvent au Secours catholique et populaire […] j’y fais ma toilette... Mais je ne veux pas retourner au Foyer Aubrac... ».

Son avenir ?

Cet homme de 52 ans qui a « élu domicile » pas très loin du chemin de hallage, le long de la rivière Mayenne et juste à coté des conteneurs à déchets, pas très loin non plus de la station d’épuration, explique qu’il n’a « pas peur d’être là ; il y a des gens qui se promènent avec leurs chiens ; je suis en sécurité, on est mieux que dans la ville... » Et puis il y a Jean-Claude, un gars comme lui et un peu plus jeune. Tous les deux ont refusé de se faire photographier. « je veux bien vous parler, mais ça s’arrête là...  » a dit Hervé, qui n’est pas sorti de sa tente.

Comment voit-il son avenir ? Il répond rapidement. Sans hésiter alors que souvent les réponses auparavant étaient moins spontanées. Peut-être en raison d’une certaine méfiance et d’une crainte. Lorsqu’on est dans la précarité, tout vous semble être matière à problèmes. Mais on saisie bien ce que signifie la réponse d’Hervé : elle montre qu’il vit au jour le jour, qu’il pense surtout par exemple à ce qu’il va manger ; Hervé ne peut plus se projeter dans l’avenir lointain comme si les projets à long terme n’étaient plus pour lui. Il répond alors simplement, s’ouvrant un peu d’espoir, tout de même, parce qu’il en faut : « Avec le printemps qui vient, je vois les choses un peu différemment... »

(c) Photos leglob-journal


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Hervé 52 ans, SDF à Laval, et sous une toile de tente

Publié le: 18 mars 2018
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