Des œuvres du Douanier Rousseau « invisibles » en Mayenne

"Le charme", une des eouvres de Rousseau exposées dans le monde et "invisibles" à Laval en Mayenne
Le Charme, propriété de la Fondation Bayeler Bâle Suisse – Toile exposée au Museum Charlotte Zander en Allemagne – extrait © leglob-journal.fr

Des œuvres de l’un des « pères de la modernité » restent invisibles à Laval. Elles ne sont pas exposées au Manas, le Musée des arts naïfs, un très beau musée pourtant à Laval en Mayenne, cette ville où est né le Douanier Rousseau. Simplement parce que certaines de ses œuvres sont accrochées aux cimaises du Musée de l’Orangerie à Paris pour une exposition permanente tandis que d’autres sont disséminées à travers le monde, aux États-Unis, en Allemagne ou en Russie par exemple.


Par leglob-journal.fr


la belle lettre E sur leglob-journal.fr en Mayenne

En tous cas, elles sont toutes l’œuvre de cet employé aux services de l’octroi à Paris (Perception des contributions indirectes), métier qui lui vaut son surnom de Douanier Rousseau ; Henri-Julien-Félix Rousseau, le peintre lavallois, né à Laval en 1844 et mort à Paris en 1910, est devenu tellement célèbre que de nombreuses toiles sont exposées à l’étranger. Comme au Musée d’Art moderne de New-York connu sous l’acronyme MoMA et situé dans le quartier de Midtown à Manhattan.

Le Rêve, cette toile de grande dimension fait partie de la série Jungle que Rousseau peindra tout au long de sa vie. Luxuriante, aux couleurs chatoyantes, à la flore envahissante sans jamais étouffer, le tableau qui permet à Rousseau de s’évader vers des mondes rêvés a beaucoup de succès et focalise l’intérêt des visiteurs si l’on en croit le nombre de spectateurs qui s’y arrêtent au MoMa dans la 53ème Rue.


Le rêve du Douanier Rousseau exposé au Moma à New-York - © leglob-journal.fr
Le rêve, exposée au MoMa à New-York – © leglob-journal.fr

Le Douanier Rousseau a puisé les sujets de ses compositions au hasard de ses déambulations dans la vie qu’il a menée, dans ses promenades, mais surtout dans les photographies qu’il découpe dans les journaux et agence ensuite d’une manière très personnelle. Il fréquente le Louvre et s’inspire des maîtres de la peinture classique. Ce mélange lui donne ce style très particulier : c’est à la fois précis en ce qui concerne les détails et très libre en matière de conventions picturales. Cette distanciation lui confère une originalité fondamentale qui incarne cette façon dite naïve de peindre. Quand le public ricane à la vision de ses toiles, les avant-gardistes ont bien compris quel peintre Rousseau était. Apollinaire dira d’ailleurs de lui : « On reprochait au Douanier son ignorance. Que ne lui reprochait-on plutôt d’être inspiré, car pour l’ignorance il a des frères en abondance.« 



La Belle et la Bête (vers 1908), Huile sur toile – composition onirique troublante. Un chien noir renverse une femme dénudée ; une culbute où la sauvagerie animale se double d’une impétueuse sexualité… Et Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix (1907- Huile sur toile) propriété de Pablo Picasso acquise après la mort de Rousseau et exposée au Musée Picasso à Paris – Extraits © leglob-journal.fr


Le Charme, propriété de la Fondation Bayeler Bâle Suisse – Toile exposée au Museum Charlotte Zander à Bönnigheim en Allemagne. Et Vue du Pont de Sèvres et des colonnes de Clamart et Bellevue (1908) exposée au Musée Pouchkine à Moscou en Russie – Extraits © leglob-journal.fr

Portrait de Madame M. (vers 1895-1897) conservé au Musée d'Orsay - © leglob-journal.fr
Ce Portrait de Madame M. (vers 1895-1897) est conservé au Musée de l’Orangerie Paris – © leglob-journal.fr

Habituel, ce n’est qu’après sa mort que l’autodidacte Rousseau se voit reconnu par l’avant garde artistique. En Allemagne, il devient une référence majeure pour les artistes expressionnistes du Cavalier bleu ; en France, Apollinaire et Picasso le célèbrent comme le « premier des Modernes » . Ce rare tableau en pied de Madame M. se caractérise par une grande qualité d’exécution, le soin apporté aux détails dit beaucoup de son sens aigu de l’observation.

La carriole du Père Junier (Huile sur toile 1908) ci-dessous a été réalisé en prenant appui sur une photographie d’amis en promenade, ce qui se faisait très souvent à son époque. Rousseau réinterprète la scène de fond en comble en se jouant des lois de la perspective traditionnellement utilisées. Apollinaire, peu après sa disparition devait écrire : « Le douanier Rousseau allait jusqu’au bout de ses tableaux, chose bien rare aujourd’hui. On y retrouve aucun maniérisme, aucun procédé, aucun système. De là vient la variété de son œuvre. Il ne se défiait pas plus de son imagination que de sa main. De là viennent la grâce de ses compositions décoratives » .


La carriole du Père Junier (Huile sur toile 1908) exposée au Musée d'Orsay à Paris - © leglob-journal.fr

La carriole du Père Junier (Huile sur toile 1908) exposée au Musée de l’Orangerie à Paris – © leglob-journal.fr

L’enfant et la poupée est une huile sur toile qui a été composée en 1904-1905. Dans cette réalisation, Rousseau met sur le même plan le visage de l’enfant, la poupée et la marguerite accentuant ainsi le coté frontal du portrait qui ne laisse rien transparaître de ses émotions. L’enfant fixe durablement le « regardeur » du tableau que vous êtes. Impassible, et d’autant plus intrigant que l’on ne peut que se poser des questions à son sujet…



L’enfant et la poupée, huile sur toile (1904-1905) et Promeneurs dans un parc – Huile sur toile (1900-1910) au Musée de l’Orangerie Paris – © leglob-journal.fr

Dans Promeneurs dans un parc, une huile sur toile (1900-1910) on peut y distinguer trois plans dans ce tableau du maître de l’art naïf : les arbres d’un vert soutenu, les façades des maisons d’un blanc cassé qui par contraste en deviendrait presque immaculé, et la pelouse taillée au cordeau. Rousseau utilise d’ailleurs la même teinte de vert que pour les arbres, donnant ainsi à sa pelouse de la profondeur.


Des œuvres à Laval


A Laval en Mayenne, la ville où Rousseau est né, peu d’œuvres, hélas, du maître de l’Art naïf sont visibles. Antoinette Le Falher, la directrice des Musées de Laval que leglob-journal.fr a sollicitée nous explique toutefois que « Le MANAS présente dans son parcours permanent trois tableaux du Douanier Rousseau : Le Pont de Grenelle, une huile sur toile acquise en 1987. Provenance : Robert Delaunay ; P. Rosenberg, Paris ; Goldschmidt-Rothschild, Paris. Mais aussi une Vue de l’Ile Saint Louis prise du quai Henri IV, c’est une esquisse. Une peinture sur carton entoilé acquise en 1994. Provenance : Wilhelm Uhde, 1911 ; Henry D. Sharpe, 1946 ; Brown University, 1982. Et enfin Paysage, (Huile sur toile acquise en 2012). Provenance : René Clément. »

La Fabrique des chaises - Huile sur toile (vers 1897) conservé au Musée d'Orsay - © leglob-journal.fr
La Fabrique des chaises – Huile sur toile (vers 1897) exposé au Musée de l’Orangerie Paris – © leglob-journal.fr

« Le fonds comprend également des photographies, ainsi que des documents (des correspondances, des factures, des quittances…) et des ouvrages conservés en réserve.  » ajoute-t-elle. « Le prêt de La Fabrique de chaises avait été négocié à l’occasion de l’exposition intitulée « Henri Rousseau, L’Innocence archaïque » pour laquelle nous prêtions le Pont de Grenelle ainsi que L’album des Bêtes sauvages, source d’inspiration du Douanier. L’exposition a été présentée en 2015-2016, à Venise, puis au Musée d’Orsay qui, en compensation de ce prêt de longue durée, a accepté de nous déposer temporairement une des versions de La Fabrique de chaises. »

« Peut-être un jour y-aura-t-il d’autres projets qui permettront de tels partenariats… » ose espérer Antoinette Le Falher, la directrice des Musées de Laval. Un vœu en partie exhaussé ! La charmeuse de serpents (1907) sera visible au Manas à Laval temporairement de mi-mars à mi juillet 2025, prêtée par le Musée d’Orsay à Paris, pour une « décentralisation temporaire »…


La Falaise – Huile sur toile (vers 1895) et Le Navire dans la tempête – (vers 1899) sont également visibles et peuvent être admirées au Musée de l’Orangerie à Paris qui compte au total onze œuvres du Douanier Rousseau – © leglob-journal.fr ⬛


Cet article a été publié une première fois le 24 décembre 2022 sur leglob-journal.fr


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